Ce matin, une proposition institutionnelle baroque : il faudrait que les banlieusards puissent voter pour le maire de Paris. Bon, d’accord… c’est absurde, comme si on exigeait que toute la planète vote pour le président américain en raison de son pouvoir sur la marche du monde

Les banlieusards devraient pouvoir élire le maire de Paris. Ici, l'hôtel de ville.
Les banlieusards devraient pouvoir élire le maire de Paris. Ici, l'hôtel de ville. © Getty / CHUYN

Seulement, qu’en 2020, il n’existe toujours pas une collectivité politique (une circonscription électorale) recouvrant l’agglomération parisienne constitue un déni démocratique.

Paris, deux millions d’habitants insérés dans l’espace délimité du périphérique, concentre une grande part des emplois de l’agglomération et une petite minorité des logements. Tous les matins, des millions de banlieusards se rendent dans la capitale, la traversent ou doivent la contourner ou passer dessous. Ils y travaillent, s’y divertissent… leur vie quotidienne dépend largement de ce que décide le maire de Paris, notamment pour la circulation... 

L’idée d’une piétonisation accrue de la ville est bonne pour les Parisiens… mais aussi pour les banlieusards qui se rendent à Paris, dans leur quasi-totalité en transport en commun. Une  ville 100% vélo (grande idée d’Anne Hidalgo) peut être bonne pour tous les métropolitains… encore faudrait-il que le Vélib' ou tout autre réseau de partage soit vraiment efficace. 

S’il y avait un maire de l’agglomération (comme avec Lyon Métropole par exemple), ou si Paris était toute l’agglomération (comme Londres), les questions de péréquations, d’égalité spatiale entre banlieue Ouest opulente, et banlieue Est populaire, seraient gérées de façon plus rationnelle... en tout les cas plus démocratique. 

Il y a quand même des communautés de communes et la métropole du Grand Paris !

Les communautés de communes recouvrent essentiellement des villes voisines qui ont des profils sociologiques semblables et dont la vie et l’activité dépendent beaucoup de Paris ! 

La grève dans les transports souligne le défaut de politique d’aménagement du territoire et les ravages de la spécialisation (logements sociaux à l’Est, emplois à l’Ouest), tant d’années de gouvernance séparée, où chacun, banlieues riches, banlieues pauvres, Paris intra-muros, frange de l’agglomération périurbaine, défend de façon erratique l’intérêt de ses territoires et de ses habitants. 

Beaucoup de grandes capitales comparables à Paris sont des métropoles qui englobent plusieurs millions d’habitants. Il existe bien la Métropole du Grand Paris et ses 7 millions de soi-disant Grands Parisiens, 131 communes, créée en 2016 mais personne ne le sait, ses dirigeants ne sont pas élus directement par le peuple et surtout son pouvoir est limité. Et lors des municipales, c’est forcément ‘ma ville d’abord’

Le projet de suppression des départements limitrophes de Paris patine. Les élus préfèrent un statu quo insatisfaisant mais électoralement plus sûr. Seule une impulsion de l’Etat pourrait les contraindre à accepter une réforme profonde des structures démocratiques de l’agglomération parisienne. Mais ce n’est pas cette majorité sans appui ni légitimité locale qui peut y arriver. Il n’y a plus qu’à espérer (on peut toujours rêver) que les candidats à la mairie de Paris n’oublient pas ceux qui font vraiment vivre leur ville : les banlieusards…

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