Vous revenez ce matin sur le cas de la Charente-Maritime, avec le duel entre Ségolène Royal et Olivier Falorni.

Oui mais, rassurez-vous, pas pour évoquer le tweet. Ce duel illustre l’une des fractures qui parcourent notre société et qui se manifeste par l’opposition, non pas tant entre les candidats du cru contre les parachutés mais plutôt entre candidats de la base contre candidats de « l’appareil » ou candidat « du système ». Il faut des guillemets à « système » tellement ce terme a été utilisé à tort et à travers. Le succès de la base contre le système est caractérisé par les bons scores de tous les candidats dissidents socialistes, face aux candidats (notamment écologistes) estampillés par la rue de Solferino. A La Rochelle, Olivier Falorni se présente comme le candidat des Rochelais face à celle que le tout Paris socialiste soutient au sortir du TVG. Et voilà que Ségolène Royal qui était jusque là l’incarnation de l’antisystème, victime des appareils, attachée à son territoire, s’embarrassant rarement des consignes de son parti pour exprimer des avis iconoclastes, censés être le reflet du sentiment populaire, l’ancienne candidate de 2007 se retrouve dans le rôle de la candidate des Parisiens, du Président et de la direction du parti. La candidate-vedette est en mauvaise posture face au candidat, dit de la base. Du coup, pour sortir de ce contre-emploi et retrouver les attributs de la victime des grands, l’ancienne candidate à la présidentielle, déraille quelque peu ! La voilà qui compare le maintien de son concurrent à la trahison d’Eric Besson en 2007, qui scande « Falorni=Sarkozy ». Ce qui aura pour effet de mobiliser contre elle, un électorat qui pensait ne plus avoir de candidat en lice !

Sur le terrain, les candidats-vedettes ne se rendent pas compte du décalage et tombent des nues au vu des résultats !

Oui parce qu’en réalité, ils reçoivent un bon accueil. Rama Yade, à Asnières, avant de se faire sèchement éliminer était reçue avec de larges sourires. Elle confondait la popularité de surface, le « vu à la télé » avec la capacité à faire voter pour soi. Ce décalage traduit la persistance d’une défiance entre les citoyens et ceux qui, loin d’eux, prétendent parler en leur nom. Mais, à l’inverse, la volonté de nombreux candidats (pas connus, ceux là) de se démarquer le plus possible des appareils nationaux pour maximiser leur estampille « base », a joué des tours à certains d’entre eux : pousser l’obsession antisystème à son paroxysme, aboutit parfois à des échecs retentissants. Prenons le cas du candidat de l’UMP dans la 9ème circonscription de Seine-Saint-Denis. Face à Claude Bartolone, il n’avait, c’est vrai, aucune chance dans cette circonscription ancrée à gauche. Il a voulu jouer à fond l’ « antisystème » et a donc gommé des ses affiches et de ses tracts, le sigle UMP. Résultat, le jour du vote, nombre d’électeurs habituels de la droite parlementaire ne s’y sont pas retrouvés et demandaient aux assesseurs dans les bureaux de vote pourquoi il n’y avait pas de bulletins UMP ? Dref Mendaci, le candidat, noyé dans l’ « antisystème » est arrivé quatrième et a été éliminé … du jamais vu ! Disparu à force de cacher son lien avec le « système ». Le « système » et l’ « antisystème » sont des notions éminemment glissantes et délicates à manier… Ségolène Royal pourrait bien pâtir d’avoir tenté d’utiliser ces deux notions à la fois pendant une même campagne.

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