Ce matin, le retour annoncé de Nicolas Sarkozy et les risques de la théorie du chaos…

Nicolas Sarkozy ne parle pas publiquement puisqu’en tant qu’ancien président fraîchement battu, il se doit de prendre un peu de recul… et normalement un peu de hauteur ! Mais en réalité, son activité politique est débordante. Elle alimente les pages des échotiers des hebdos. Elle est aussi l’objet de toutes les conversations du petit monde politique, dans les déjeuners autours de l’Assemblée ou des sièges des grands partis. Parce que, depuis son bureau payé par l’Etat (comme pour tous les anciens présidents), Nicolas Sarkozy est en train d’organiser les conditions de son grand retour. C’est L’Express qui nous l’apprend cette semaine. Son retour, non pas à la tête de l’UMP -il pense que l’UMP est morte et à enterrer- (c’est Le Point qui nous le révèle)… mais son grand retour pour la présidentielle de 2017. Il consulte… enfin, il reçoit beaucoup et distille de quoi ridiculiser un François Fillon qui serait, selon lui, trouillard et mou (ça c’est dans le Canard ou dans Marianne ). De ces rencontres, ressort aussi l’idée que Jean-François Copé est un incapable (ça, ça m’a été rapporté par un ancien ministre qui a été reçu rue de Miromesnil il y a quelques jours)…sans doute pour qu’on vous le rapporte… d’ailleurs, vous lirez ça partout. Bref c’est « moi ou le chaos », comme faisait dire de Gaulle lors de la présidentielle de 1965.

Sauf que de Gaulle parlait du régime des partis ! Sarkozy, lui, parle de son parti…

Oui, tout comme le général de Gaulle pensait que la Vème République était faite à sa seule mesure, Nicolas Sarkozy semble considérer que personne à l’UMP ne peut, (ne doit !) lui arriver à la cheville. Dans ce cadre là, « moi ou le chaos » passe d’abord par l’organisation du chaos. C’est bien connu, un beau chaos bien chaotique se fabrique avec un soin méticuleux. Ainsi, pour mettre le souk, Nicolas Sarkozy laisse son conseiller et ami Patrick Buisson développer ses théories ultraconservatrices, quasiment en son nom, juste après l’avoir rencontré, tout en se faisant accompagner à Londres par François Baroin, gaulliste social et modéré et anti Buisson. Sarkozy se montre capable d’ouvrir d’une seule main le très large éventail d’une droite bariolée qui s’étire à la limite de craquer. Le voilà en personnage qui peu rassembler, non pas par un discours de synthèse (puisqu’il ne parle pas), mais par la seule puissance supposée de sa personne. Ce rôle muet, joué en ce moment, suggère qu’il est la solution unique et obligatoire d’une droite éclatée. Une technique, vu l’impact médiatique et le phantasme qu’elle suscite, qui a certainement son efficacité sur le plan de la communication. Mais sur le plan purement politique, le chaos organisé des hommes se traduit par un chaos généralisé des idées. L’UMP, dans ces conditions, ne peut que retomber dans l’infantilisme politique, dans sa tradition bonapartiste de l’homme providentiel. Elle ne peut pas organiser la compétition et la confrontation interne de ses idées. Dans un parti démocratique normal, on tranche, on vote sur les solutions. On n’en remet pas d’abord à des hommes ou des femmes… surtout à quatre ans de la présidentielle. Le chaos entretenu dans la compétition des hommes sera certainement bénéfique à Nicolas Sarkozy, mais le chaos entretenu dans la compétition des idées a toutes les chances de n’être bénéfique qu’à ceux qui ont déjà un leader et des idées claires…le FN.

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