Vous vous interrogez sur cette majorité massive et novice qui devrait débarquer à l’Assemblée….

« Débarquer »… je crains, en effet, que ce ne soit le mot. Cette majorité pose d’ores et déjà bien des questions. D’abord, l’ampleur et la place du groupe majoritaire. Des majorités pléthoriques dues à notre système électoral sont légion, mais là, ainsi placés dans l’hémicycle, au centre, ça pose un problème inédit. Il y aura deux oppositions, une à gauche, une à droite, inconciliables, qui risquent, de fait, d’être peu efficaces. Un exemple concret : sur la loi travail ou la réforme anti-terroriste, il faudra bien trouver 60 députés (c’est le seuil) pour saisir le Conseil Constitutionnel. Or, il n’est pas dit que la droite le veuille, et il n’est pas dit qu’y ait, de l’autre côté de l’hémicycle, à gauche, assez de parlementaires pour signer cette saisine. Il faudrait que les députés LRM aient la liberté de signer une requête de la sorte. Est-ce que ce sera le cas ? C’est ce genre de détails de techniques parlementaires, qui n’ont l’air de rien, qui ne sont pas grand public, mais qui font qu’une Assemblée est vivante ou non.

Et, dites-vous, on peut nourrir quelques inquiétudes?

Disons qu’il faut vraiment que les chefs de la majorité nous rassurent parce que, par exemple, on a entendu François Patriat, l’un des piliers de la Macronie, dire (c’était sur une radio voisine avec un nom de continent) que, je cite, «le rôle des parlementaires, c’est d’être des émissaires des réformes du gouvernement sur le territoire». Désolante conception à l’ancienne, qui a tué la confiance. Le rôle du député, c’est d’être au parlement pour discuter, amender, voter les lois, et sur le terrain (pas spécialement dans sa circonscription, les députés sont des élus de la Nation, pas des élus locaux)… sur le terrain pour contrôler l’action du gouvernement ! Il faut espérer que les élus novices, venus de la société civils, ne se laisseront pas imposer de tels comportements de godillots zélateurs ! Le problème peut venir de certains qualifiés surprises, qui pourraient se retrouver députés et qui, visiblement, ont beaucoup à apprendre, comme le montre une vidéo devenue virale, d’une candidate d’Indre et Loire, interviewée par France 3, et qui ne voit pas du tout à quoi la notion de «modèle social français» fait référence ! Le risque pour la majorité, c’est que les séances au Parlement tournent au jeu de massacre, ou au dîner de cons ! Il faudrait que l’on sache rapidement quelle est la conception réelle de LRM s’agissant du rôle du Parlement. Conception qui, on l’imagine, s’élabore en ce moment à Matignon. Emmanuel Macron, méticuleux et conscient de ces risques, prévoit déjà le casting pour le perchoir ou les présidences de commissions... même si en vertu de la séparation des pouvoirs et dans une pratique idéale des institutions (mais n’en demandons pas trop), le Président - de tous les Français- ne devrait pas s’occuper de la façon dont un groupe parlementaire s’organise. Bref, si l’idée du renouvellement général est nécessaire, peut faire souffler un vent régénérateur, elle peut aussi tourner à la catastrophe et c’est maintenant que ça se joue !

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