1995 - 2007, 2 mandats et puis s'en va. Jacques Chirac quittera l'Elysée dans 48 heures et laissera derrière lui, au-delà de son bilan, un "style" de présidence. Ce sont les dernières photos, les dernières sorties publiques accomplies comme "encore" président. Les cérémonies de commémoration du 8 mai, du 10, la coupe de France de foot samedi soir. Les mêmes gestes accomplis des milliers de fois, des gestes mécaniques, Jacques Chirac qui serre des mains, qui embrasse des enfants, Jacques Chirac qui demande des nouvelles de la santé d'un ancien combattant, qui n'entend pas la réponse, mais qu'importe. Image d'un président proche, sympa, aimé du bon peuple. Etrange dichotomie de la communication élyséenne : rarement président fut à ce point enfermé dans sa tour d'ivoire pendant 12 ans. Rarement il fut à ce point inaccessible, rarement il fut aussi "irresponsable" politiquement et judiciairement parlant. Mais l'image que les Français en garderont est donc celle d'un président sympa et proche. Ses amis le répétaient depuis des mois, "vous verrez dès que Jacques Chirac aura annoncé qu'il ne se représente pas, sa côte de popularité grimpera en flèche, et l'opinion publique reconnaitra très vite sa grande oeuvre ; on parlera alors de son bilan exceptionnel..." En réalité, le travail de tri, de lissage de la mémoire et le travail d'histoire n'ont pas encore fait leur effet. Les Français ne semblent pas regretter encore cet animal politique qui mit plus d'habileté à conquérir le pouvoir qu'à l'exercer, plus de tempérament à défendre un certain idéal français à l'extérieur qu'à l'intérieur de nos frontières, et qui finalement, laisse en héritage un véritable sentiment d'impuissance de la politique, tout juste corrigée par une certaine puissance du Verbe. Jacques Chirac s'en va donc. Mais il n'est pas parti, que son successeur déjà lui claque la porte au nez. Car Nicolas Sarkozy ne réclame pas un quelconque droit d'inventaire du chiraquisme, non, pour lui, c'est tout de suite, pour "solde de tout compte". En quelques jours, le nouveau président élu a multiplié les gestes et les attitudes, qui montrent à quel point il se sent loin, si loin de son prédécesseur. Ce sont des petites choses : son rapport à l'argent et aux patrons français, c'est l'épisode de son escapade sur le yacht de luxe de Vincent Bolloré, ce sont des signes politiques plus importants. Jacques Chirac aura presque mis un septennat à pardonner leur traîtrise aux balladuriens, quand Nicolas Sarkozy lui, largement élu le 6 mai dernier, se fait fort de proposer un gouvernement d'ouverture digne d'un moment historique de réconciliation nationale. Ce sont quelques images, qui en disent long sur son rapport au pouvoir : Nicolas Sarkozy qui s'approprie la résidence dévolue traditionnellement au premier ministre. La lanterne à Versailles, parce qu'elle lui convient mieux, et c'est tout. Ce sont quelques soupçons aussi, ceux qui ce week-end ont porté sur d'éventuelles pressions qui auraient eu lieu pour empêcher la publication d'un article sur Cécilia Sarkozy. Rupture de style de présidence indéniablement donc d'un président à l'autre. Il y a 12 ans, lorsque Jacques Chirac regardait François Mitterrand quitter l'Elysée, il n'avait qu'une ambition, mettre ses pas dans les siens. Lorsque Jacques Chirac à son tour va s'éloigner mercredi, il sait que Nicolas Sarkozy n'aura de cesse que d'effacer sa trace.

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