Le projet de loi OGM a été fauché en deuxième lecture. Comment comprendre politiquement cet incident de parcours parlementaire ? Un couac, une claque, un camouflet, un revers, et puisqu'on parle semences, la récolte d'une tempête pour ceux qui avaient semé le vent. Et François Fillon peut bien vouloir effacer cet incident parlementaire d'un coup de gomme, en convoquant dès cet après-midi une commission mixte paritaire destinée à remettre le texte OGM immédiatement dans le circuit, l'exécutif peut bien faire comme s'il n'avait rien vu, rien entendu de ce qui s'est passé hier dans sa propre majorité, car franchement, la gauche n'est pour rien, rien du tout dans cette affaire, la réalité est cruelle et impitoyable. CA S'EST PASSE. Alors, qui est responsable sinon coupable de ce coup de théâtre ? Qu'est-ce que cette fronde dit de l'état de la majorité aujourd'hui ? Appliquons les bons principes de management et commençons par le haut, le patron. Quel désaveu pour Nicolas Sarkozy ! Sans remonter à l'origine des temps, c'est lui en personne, mi avril, qui a présidé à l'Elysée 2 réunions de travail avec les parlementaires pour ré-écrire les amendements litigieux ; à ce moment-là, il avait fait les gros yeux aux ministres et au groupe UMP "je veux, leur avait-il dit, de la solidarité, je vous l'ai dit 5 fois, je ne le redirai pas 6". Et bien si, il aurait dû... C'est lui encore qui recevait mercredi dernier tous les députés UMP, officiellement pour faire de la pédagogie des réformes, en réalité, pour passer un savon à tout le monde. De de Gaulle à Chirac en passant par la presse, tous coupables, tous incapables. Les députés étaient globalement sortis estomaqués de cette séance d'autosatisfaction plutôt décalée vu le contexte. Hier, Nicolas Sarkozy s'est fait proprement souffleter par sa majorité. Il va très vite trouver un bouc émissaire, mais c'est bien à lui que s'adresse ce bras d'honneur. François Fillon, lui, a déçu les députés. Après l'incident de l'amendement Chasseigne qui avait mis en rage la majorité, il s'était solennellement engagé à rendre le texte plus "pro OGM". Mais face à l'Elysée, le premier ministre avait dû avaler son chapeau. Les députés en ont perdu leur latin, leur discipline et le premier ministre sa crédibilité. Jean-Louis Borloo et Nathalie Koscisuko-Morizet, en charge du projet de loi. Le manque d'investissement du premier, le coup d'éclat de la seconde dénonçant "le concours de lâcheté et d'inélégance" de ses petits camarades ont perturbé les élus, déjà peu convaincus par l'équilibre subtil du texte. Majoritairement pro OGM, ils ne se sont jamais sentis en phase avec ces ministres qui louaient hier encore le "texte le plus restrictif au monde sur les OGM", ou qui embrassait José Bové. Jean-François Copé, le président du groupe UMP, malencontreusement en réunion avec Roselyne Bachelot au moment du méfait, il a dû rappliquer ventre à terre, mais trop tard. Même pas capable de faire venir en séance suffisament de députés pour contrer l'opposition quand on compte 316 députés au groupe, c'est évidemment le bouc émissaire idéal pour l'Elysée. "C'est au minimum un problème d'organisation" grinçait hier l'entourage du président. Nicolas Sarkozy qui ne le porte pas dans son coeur, n'est pas loin d'y voir de la trahison. Enfin, les députés de la majorité. Oui, ce sont quand même eux, hier, qui ont fait défaut au moment du vote. Alors, ils ont certes des états d'âme sur le texte, certains supportent mal la pression que leur met le président, mais franchement, être une centaine dans l'hémicycle, un mardi à 16H30, est-ce bien raisonnable ? Eux qui ne cessent de réclamer "plus de pouvoir", le "renforcement du rôle du parlement" à l'occasion de la prochaine réforme des institutions, ils étaient où hier ??? Attitude irresponsable qui attise tous les soupçons. Sont-ils lâches, désintéressés ou perméables aux lobbys ? D'ici quelques jours, quelques semaines, l'exécutif veut croire que ce texte OGM ne sera plus qu'un mauvais souvenir. La constitution lui permet de faire fi de cette saute d'humeur de sa majorité, et de passer en force. Mais la majorité parlementaire, cette fois, sera vraiment face à ses responsabilités. Elle vote comme un seul homme ou elle dit vraiment non cette fois. Forcément, ce serait tout le régime institutionnel qui s'en trouverait génétiquement modifié.

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