La contestation universitaire s’éternise. Certains étudiants risquent de voir leur année sacrifiée. C’est un conflit inédit à plus d’un titre. Il est inédit dans sa durée et il est inédit surtout par ses acteurs. Les premiers à s’être mobilisés sont les professeurs ! On a l’impression que deux conceptions irréconciliables de ce que devrait être l’université, s’opposent ! Le résultat c’est qu’on se trouve dans une situation assez grotesque et dramatique pour certains étudiants, une situation qui n’a rien à voir avec un conflit classique. S’y mêlent le sentiment d’avoir été humilié, du côté universitaire, jusqu’à mener des actions à la fois symboliques et dérisoires, ces rondes des obstinés ; et puis ces autres actions moins symboliques mais destructrices, que sont les blocages. Du côté du gouvernement, on sent la volonté absolue de pouvoir afficher une victoire politique emblématique et inédite contre le monde enseignant. François Fillon le rappelle ce matin dans "Le Figaro" : « depuis 1984, personne n’a réussi à réformer l’université. » Ce serait pour Nicolas Sarkozy, LE brevet de réformateur qu’il pourrait arborer fièrement. En réalité, Valérie Pécresse est revenue, en arrière, la réforme est repoussée et les décrets réécrits. Mais les concessions qui auraient dû être présentées comme le résultat d’une concertation ont été niées, masquées, non assumées, pour ne pas avoir à renoncer à pouvoir dire bientôt « je les ai faits céder, j’ai réformé l’université ». En bref, avoir réussi à réformer là où tous les autres se sont cassé les dents semblait, dans cette affaire, être devenu un enjeu, un peu bravache, plus important que la réforme elle-même. Alors on peut se demander pourquoi les comités de grévistes n’ont pas réagi en bon négociateurs, c'est-à-dire en se disant : « on a obtenu un report, profitons-en et laissons au gouvernement le soin d’entretenir l’illusion confortable d’une non reculade ? ». En fait, il semble qu’une partie du corps professoral veut aussi sa victoire politique contre Nicolas Sarkozy. Ce qui alimente le gâchis ! Elle veut la concession et la reconnaissance de la concession. Nous en sommes arrivés là, en grande partie à cause du discours du président le 20 janvier à l’Elysée où, sortant de son texte, il a distribué quelques petites piques vexatoires contre des chercheurs hyper sensibles après des années de sacrifices budgétaires. Pour l’instant, il semble que la tentation du bras de fer gagnant, du K.O. façon Thatcher avec les mineurs, a dominé. Et c’est un peu pareil avec la réforme de l’hôpital. Il n’y a pas dans ce domaine –et au départ- d’incompréhension épidermique entre le monde de l’hôpital et Nicolas Sarkozy, comme ça peut être le cas avec l’université. Mais, là encore, malgré des concessions, des reculades non assumées, le monde hospitalier n’accepte pas un compromis. En réalité nous revenons à notre sujet d’hier : le modèle social français. L’éducation et la santé en sont des symboles et, la crise aidant, toute réforme à propos de laquelle on avait le sentiment, au départ, qu’elle avait pour but non pas de consolider ou même de moderniser le modèle social français mais de s’en départir, semble, de façon rédhibitoire, inacceptable par une bonne partie de nos concitoyens.

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