François Hollande a décidé de rendre hommage à Jules Ferry et Marie Curie.

Oui, demain après avoir été investi, François Hollande va donc déposer une gerbe au pied de la statue de Jules Ferry qui se trouve aux Tuileries à deux pas de la statue de Jeanne d’Arc. Honorer Jules Ferry quand on a fait campagne sur le thème de la jeunesse et que l’on a mis l’éducation au centre de son programme, c’est logique mais ce peut être aussi porteur d’ambiguïté ; Jules Ferry, grand républicain est également le symbole d’un malentendu sur la question coloniale… et d’un racisme certes daté mais combattu à l’époque par un Clémenceau visionnaire et humaniste. Il faut relire les articles et discours qui opposaient Ferry, le colonialiste, à la gauche du parti radical et aux socialistes pour comprendre qu’il avait une notion spécifique de l’universalisme. Il parlait des « races supérieures », certes pour expliquer qu’elles avaient le devoir de venir en aide et d’apporter la civilisation et non l’exploitation et l’esclavage aux races inférieures. Bien sûr, il ne s’agit pas d’être anachronique et de rejeter la mémoire d’un homme à l’aune d’une pensée très répandue de son temps mais tout au plus, espérons que le discours de François Hollande (qui connaît son histoire de la IIIème République sur le bout des doigts) fera explicitement le tri. Il faut le reconnaître et le dire, Jules Ferry a eu, sur cette question, largement tord au regard de l’histoire et même au regard de son idéal universaliste. S’il ne veut pas débuter son quinquennat par une polémique inutile, il faudra que François Hollande fasse la part des choses et trouve les mots pour exprimer une sorte de droit d’inventaire dans l’œuvre contrastée de l’homme qui aura eu le mérite de rendre l’instruction publique obligatoire.

L’autre personnage que François Hollande veut honorer est parfaitement consensuel puisqu’il s’agit de Marie Curie.

Là encore, le nouveau président avait, pendant sa campagne, répété que la recherche serait l’une de ses priorités. Marie Curie n’est bien sûr pas simplement qu’une scientifique de renom, c’est aussi un symbole de la France ouverte. Marie Sklodowska était une étudiante étrangère, une immigrée pour qui la France était une terre d’accueil et d’épanouissement. Les deux symboles choisis par François Hollande sont issus de la IIIème république, cet âge d’or des valeurs de la République. L’actualité, le style et la teneur des discours de François Hollande font écho à la IIIème République en ce moment, comme la marque d’un besoin de retour aux sources des valeurs contemporaines. Nos débats d’aujourd’hui font d’ailleurs écho à ceux de la fin du XIXème : voilà ce que disait, par exemple Jules Ferry du Général Boulanger. Citation que l’on retrouve dans la Biographie de Clémenceau par Michel Winock. Jules Ferry disait : « avec Boulanger, nous assistons à un certain genre de patriotisme haineux et bruyant qui ne fait pas œuvre d’union et d’apaisement, mais qui semble avoir pris pour programme de diviser et d’exciter les citoyens les uns contre les autres ». L’apaisement contre la division …on dirait, mot pour mot la dénonciation que l’on entend en ce moment du discours de Marine Le Pen ou du discours « droitisé » de fin de campagne de Nicolas Sarkozy! La IIIème République, c’est la laïcité et les débats incessants sur la nature de la République, sur la nation, le patriotisme, l’universalisme… Controverses si françaises, jugées bien théoriques par les observateurs étrangers mais qui font tout l’intérêt et l’originalité du débat dans notre pays épris de politique.

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