Par Marc Fauvelle.

Manuel Valls dans l'œil du cyclone. Le ministre de l'Intérieur est accusé par la droite de laxisme au lendemain des incidents du Trocadéro…

A entendre la droite, ce matin, il y a aurait en fait, non pas un, mais bien deux ministres de l'Intérieur, Docteur Manuel et Mister Valls en quelque sorte. Le premier, le laxiste, qui n'aurait pas pris la mesure du danger que représentent les bandes de casseurs qui gravitent depuis des années autour du PSG, et pire, qui les aurait même en quelque sorte encouragés, quand on écoute par exemple le secrétaire général adjoint de l'UMP Geoffroy Didier : « des délinquants protégés par la culture de l'excuse et de la gauche ». Et de l'autre, plus traditionnel, le premier flic de France, le vrai, droit dans ses bottes quand il s'agit d'envoyer les CRS face aux anti-mariage pour tous, on a encore en tête les images de la manifestation parisienne du 24 mars, quand certains manifestants, qui avaient tenté de forcer les cordons de police avaient reçu en échange des gaz lacrymogènes.

Docteur Manuel et Mister Valls, le laxiste ou le rigide, le « deux poids, deux mesures », l'occasion était parfaite pour la droite et pour l'extrême droite d'épingler les contradictions supposées de l'homme politique le plus populaire de France et de tenter enfin de le faire trébucher.

Cela n'a pas tardé, dès hier soir, alors que les affrontements n'étaient pas encore terminés à Paris, l'UMP a bombardé de communiqués les rédactions, avec un seul mot d'ordre : haro sur Valls.

Certains, comme le député de Paris Claude Goasguen, allant jusqu'a réclamer sa démission. D’autres comme Rachida Dati estimant que « la République recule devant les voyous ». On citera aussi Nadine Morano, toujours très en verve, qui compare Manuel Valls à « un bon gauchiste incapable d’organiser la sécurité ». Pendant ce temps, au Front National, Marine Le Pen, qui n'en demandait sans doute pas tant, dénonçait pêle-mêle « les déferlements de racailles », « les barbares », « la gangrène », sans aller -il faut le noter- jusqu'a réclamer la tête du ministre.

On voit bien, d'ailleurs, que depuis quelques semaines, la stratégie de la droite à l'égard de Manuel Valls est en train de changer…

Et même du tout au tout. Pendant des mois, Manuel Valls a bénéficié d'un véritable état de grâce, à gauche, et surtout à droite, en vertu d'un principe selon lequel on ne tape pas sur quelqu’un qui est aussi populaire. Lui, le brouilleur de pistes idéologiques, le Sarko de gauche, à qui son prédécesseur Claude Guéant avait même dressé des couronnes, quelques mois après son arrivée Place Beauvau, affirmant qu'il soutenait sa politique. Le changement de stratégie a été radical et Manuel Valls est devenu ces derniers mois l'homme à abattre politiquement. Sur le dossier des Roms, sur le comptage des manifestants, sur la délinquance, sur les cambriolages, il est accusé d'être un faux dur, incapable de masquer par son discours sécuritaire les failles de sa politique et celle du gouvernement. D'autant, et cela la droite le sait évidemment, que son nom revient régulièrement dans la liste des premiers ministrables en cas de remaniement, sans même parler des présidentiables, pour 2017 ou 2022.

Alors, Manuel Valls a réagi, tard dans la nuit, à travers un communiqué pour condamner évidemment ces incidents. Et aussi d'une certaine manière pour les minimiser, évoquant je cite : « des fauteurs de troubles, des bousculades et des mouvements de foule ». Alors, a-t-il commis hier soir, par manque de vigilance ou d'anticipation, la première faute politique depuis son arrivée ? On voit mal désormais comment il échappera, lui le ministre le plus hyper-réactif, à une sérieuse explication de texte dans la journée et à une séance de questions au gouvernement à l’Assemblée cet après-midi qui risque de tourner au « Valls bashing ». Avouez que ça va nous changer du « Hollande bashing ».

L'équipe
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.