Oui Christiane Taubira hérisse toujours le poil de la droite…Et cette histoire de marseillaise est tellement absurde qu’il y a quelque chose de suspect. Christiane Taubira n’est pas une sainte. C’est une dirigeante dure, qui pouvait même utiliser des procédés d’une certaine violence politique, notamment quand elle était élue en Guyane. Finalement comme beaucoup d’hommes politiques qui se sont hissés jusqu’au sommet. Il est toujours délicat d’affirmer qu’une personne est sous le feu des critiques, non pas tant en raison de ce qu’elle dit mais en raison de ce qu’elle est. Beaucoup trop de politiques se drapent dans un statut de représentant d’une quelconque minorité et en abusent pour masquer un échec. L’argument « je ne suis pas un homme, je ne suis pas du système, je ne suis pas du sérail » est l’argument le plus partagé. Chaque responsable politique sur-joue sa particularité, et aucun d’eux n’acceptera de se définir comme classique. En plus de « je suis une femme » ou de « je ne suis pas blanc », il y a les très efficaces « je n’ai pas fait l’ENA, j’ai des gouts populaires, je suis un rural, je viens des quartiers »… Tout est bon pour dire « je ne suis pas comme les autres et c’est pour ça que je suis attaqué ». Chaque prétendant à la présidentielle, par exemple, commence par cultiver son originalité victimaire… Cet argument populiste, il faut bien dire, est assez efficace…

Mais Christiane Taubira serait, selon vous, vraiment victime d’attaques pour ce qu’elle est plutôt que pour ce qu’elle dit ?

Oui ! L’hallucinante réaction d’une partie de l’UMP qui demande sa démission le prouve. C’est vrai, l’accusation de racisme est souvent dégainée trop vite. Ainsi, je pensais que l’on faisait un mauvais procès à Henri Guaino quand on le traitait de raciste à propos du discours de Dakar qu’il avait écrit pour Nicolas Sarkozy en 2007. Souvenez-vous « l’homme africain qui n’est pas entré dans l’histoire ». Ce discours me semblait plus relever d’une maladresse dans le maniement de concepts, que du racisme. Mais sa réaction à l’affaire de la marseillaise de Taubira, détruit mon argumentation. Ou alors Henri Guaino est simplement devenu un politicard sans principes…. On peut très bien comprendre que les positions de Christiane Taubira, garde des sceaux de gauche, soient contestées par une droite qui estime qu’il y a un défaut de répression et d’ordre dans le pays. Les opposants au mariage pour tous peuvent légitiment ne pas être fans de celle qui a porté le projet. Mais le procès en mauvaise française annule la validité et la sincérité de toutes les critiques de fond. Il n’y a plus de doute, Christiane Taubira est attaquée pour ce qu’elle est : Une femme, noire, républicaine, maitrisant -mieux que quiconque dans le personnel politique d’aujourd’hui- la rhétorique du débat parlementaire, parfaitement à l’aise avec la culture et les codes classiques, brillante oratrice, beaucoup plus lettrée que la moyenne des politiques. S’en est trop pour certains ! Cet alliage de particularités et de compétences est, semble t’il, insupportable pour le FN, mais plus inquiétant, pour une partie de l’UMP. Cette femme, dit Henri Guaino « n’est pas à sa place » dans le gouvernement, parce qu’elle a dit que chanter la marseillaise dans une cérémonie, en même temps qu’une cantatrice professionnelle, serait du « Karaoke d’estrade » ! « Cette femme n’est pas à sa place » ! Ou comment franchir le pas entre « droite décomplexée » et « droite raciste ».

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