Jean-Marie Le Pen va créer sa propre structure politique… Une bonne nouvelle pour Marine Le Pen, dites-vous !

Oui, c’est ce que Marine Le Pen pouvait espérer de mieux. Son père ne peut pas (il n’en a pas les moyens politiques ni physiques) monter un vrai parti qui ferait de l’ombre électorale à sa fille. Il va donc créer un think tank, un groupe de réflexion et d’influence, chargé de maintenir la ligne politique qui, dit-il, a toujours été celle du parti depuis 1972. En réalité, en annonçant la naissance de cette structure, Jean-Marie Le Pen monte, de ses propres mains, le placard dans lequel il va s’enfermer. Puis disparaître. Une fois cette structure sur pied, la moindre de ses déclarations sera estampillée Think Tank Jean-Marie Le Pen. Et il ne sera plus vraiment légitime, ni pertinent de demander à Marine Le Pen si ces propos représentent ou pas une partie, au moins, du FN. Ce qui était problématique pour la fille Le Pen, c’était de se démarquer, en permanence, des obsessions racistes et des lubies historiques du père Le Pen. Marine Le Pen se montrait fâchée mais peu claire. Etait-elle fâchée parce que ces propos ne pouvaient pas être compris, ne pouvaient que nuire à la stratégie de « dé-diabolisation », ne pouvaient que créer du scandale ? Ou alors, l’était-elle parce qu’elle n’était pas d’accord sur le fond ? Maintenir l’ambiguïté avait forcément un coût politique. Toujours est-il que la question se posera beaucoup moins à mesure que Jean Marie Le Pen parlera au titre d’une autre structure que le FN. Et cette autre structure va capter sur elle (comme un papier tue mouche) toutes les scories Ancien Régime et collaborationnistes qui empoisonnent la nouvelle direction du FN.

Quel espace politique Jean-Marie Le Pen peut-il occuper avec son think-tank ?

Presque rien, quelques particules jamais consolées de la disparition de l’ordre ancien. Son génie, dès les années 70, c’était d’avoir réuni une extrême-droite éparpillée, groupusculaire. Il avait pu le faire grâce à ce dénominateur commun à toutes les extrêmes-droites : l’autoritarisme. Sous son autorité et avec un discours parfois contradictoire, mais assez puissamment exprimé pour couvrir les incohérences inhérentes aux multiples racines de ce courant, il avait donné l’impression qu’il existait une vraie ligne politique, et continue, au FN. Il suffit de se replonger dans les anciens programmes, toujours schématiques, de ce parti pour se convaincre du contraire. La vraie ligne politique, c’était lui, son timbre, son ton, son impeccable imparfait du subjonctif et sa façon d’occuper la fonction tribunicienne. Ce rôle lui a été volé par sa fille. Dans son petit placard, Jean-Marie Le Pen y mettra des vieilleries fanées et vaincues qui composent sa vraie famille : Rivarol, Présent, Radio Courtoisie, la radio Nostalgie de la France pétainiste et catholique traditionaliste. Ça va vite sentir la naphtaline et le renfermé… puis ça va moisir dans un coin oublié du grenier de la politique française. Marine Le Pen, ainsi débarrassée de l’ancêtre radoteur, pourra, tout à loisir, continuer de peaufiner et proposer à ses électeurs des formes de replis identitaires plus adaptés aux peurs d’aujourd’hui.

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.