Retour sur les polémiques qui ont suivi l’intervention du député La France insoumise Eric Coquerel en soutien aux étudiants qui ont choisi de bloquer la tenue des examens.

C’était en fin de semaine dernière. Eric Coquerel se trouvait parmi les grévistes qui bloquaient l’entrée de la Maison des examens d’Arcueil, près de Paris, empêchant les autres étudiants de Nanterre de passer leurs épreuves. Il a été délogé par la police, avec les autres "bloqueurs". Il a reçu du gaz lacrymogène. Double polémique, donc : la première venait de La République en marche, qui s’étranglait de voir un député participer à l’entrave d’une liberté ; l’autre polémique venait de La France insoumise, qui s’offusquait à l’idée que la police ne ménage pas un élu du peuple, ceint de son écharpe tricolore.

Ces deux polémiques sont mauvaises. S’agissant de la seconde, puisqu’Eric Coquerel a voulu représenter des citoyens qui participaient à une manifestation interdite, il n’est pas scandaleux que sa solidarité aille jusqu'à subir les désagréments d’un délogement par la force, dans la mesure, bien sûr, où celle-ci s’opère selon les moyens adaptés et où le député n'est pas spécialement ciblé – il dit l’avoir été. 

Et pour la première polémique ?

On peut penser ce que l’on veut de l’idée d’empêcher la tenue d’un examen, d’autant que, contrairement à 1968, et même au mouvement de 1986, la majorité des étudiants (malgré le vote très particulier des AG) n’est, cette fois-ci, pas favorable aux blocages, on peut aussi ne pas être d’accord avec le choix de soutenir une action qui comporte une certaine violence.

Toujours est-il qu’Eric Coquerel est parfaitement dans son rôle de parlementaire. Un député, n’est pas simplement législateur, contrôleur de l’action du gouvernement. Il n’est pas l’élu de sa circonscription ; il est élu par sa circonscription pour être celui de toute la Nation. Il est 1/577e de la diversité politique du pays. A ce titre, qu’il aille dire à des activistes d’une cause, même en marge de la légalité, qu’il les soutient, fait partie de notre tradition parlementaire.

On peut y voir une tentative de récupération, mais, en l’occurrence, Eric Coquerel poursuit un but politique affiché : la convergence des luttes. Pour l’instant, il le poursuit en vain. Mais cela ne veut pas dire qu’il lui est interdit d’estimer que la rue doit exprimer une colère qu’il ressent dans le pays et que lui-même tente de relayer à l’Assemblée. Il ne s’agit pas de la démarche insurrectionnelle d’un groupe politique !

Cette tradition, certes limite, est d’autant plus légitime que l’opposition parlementaire est (de par nos institutions très favorables à l’exécutif) passablement impotente. LFI dépose (comme les autres groupes d’opposition) des amendements, fait des propositions de lois, mais rien de ce que l’opposition propose n’est jamais repris... les députés LREM n’ont même pas le droit de co-signer un amendement avec un autre groupe !

Notre vie parlementaire est ainsi faite. Elle ne permet pas à l’opposition de peser à la hauteur de ce qu’elle représente. Ce qui entretient une culture d’affrontement peu constructive. C’est l’angle mort de notre démocratie. Tant que le parlement ne sera que la chambre d’enregistrement d’une majorité surdimensionnée, la participation d’élus d’opposition à d’autres formes d’actions, sera naturelle et logique. 

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