Une vraie parole politique de Laurent Berger, hier sur notre antenne à 8h20.

Le secrétaire général de la CFDT, Laurent Berger, invité de France Inter le 24 novembre 2019.
Le secrétaire général de la CFDT, Laurent Berger, invité de France Inter le 24 novembre 2019. © Radio France

Laurent Berger voulait défendre son ami  Nicolas Hulot, étrillé après sa tribune pour le monde d’après… (bon,  cette chronique  y a participé sans ‘foutre sur la gueule de personne’ j’espère)…  Mais qu’un responsable syndical, certes d’une mouvance qui, depuis  toujours, s’inscrit dans la tradition un peu deuxième gauche, un peu chrétienne, de recherche de compromis plutôt que de l’affrontement, sorte de ses gonds en ces termes, n’est pas anodin. 

Ce mot de Berger décrit bien l’état du débat politique en France

La  majorité occupe idéologiquement un espace central surdimensionné, qui  repousse, de fait, les oppositions vers une forme de radicalité. Une bonne partie de la population est exaspérée par  le-dit ‘système’. Une partie des responsables politiques, une partie des  médias, pour ne pas perdre le contact avec cette majorité de Français  -qui avait, par exemple, de la sympathie pour les gilets jaunes- prend en charge la colère, tente de s’en faire l’interprète (au mieux pour la canaliser, au pire pour s’en servir politiquement ou commercialement)… 

En réalité, loin de recycler la  colère, les oppositions agressives et systématiques, la majorité  infantilisante ou technocrate, épaississent l’atmosphère de suspicion, de dénigrement, de clash permanent. 

L’un des gros échecs du quinquennat aura été (jusque-là du moins) de ne pas avoir su trouver le ton, le mode  de gouvernance pour apaiser la société. 

La majorité ne peut pas se réfugier derrière l’argument sacrificiel  classique ‘nous avons courageusement réformé, nous en payons le prix en terme de popularité’. Non, le renouveau politique de 2017 n’a rien amélioré dans la relation gouvernés/gouvernants.  La confiance ne règne pas, dans les deux sens. Mais si l’on se ‘fout à ce point sur la gueule’, il y a d’autres raisons.

Quelles sont les raisons pour lesquelles on se ‘fout à ce point sur la gueule’ ?

Nos  institutions ! Nos institutions formatent nos débats politiques et  médiatiques… Dans un monde complexe, surinformé, elles arrivent au bout  de leur logique.  Une raison institutionnelle – parmi d’autres- toute simple, presque  mécanique, est en cause : le mode d’élection des députés. Le fait  majoritaire, l’absence de proportionnelle,  assure, à coup presque sûr,  une majorité absolue au président qui n’est même pas  responsable devant elle. 

Une fois élu, il n’a pas besoin de négocier.  Sa communication sur les réformes se veut simplement pédagogique. Elle  est de ce fait déresponsabilisante. 

Le couple exécutif est un entre soi  qui n’a jamais besoin de prendre un peu de  la logique d’autrui. Il ne compose que si la rue, les sondages bougent, bref que si la colère gronde. Alors elle gronde tout le temps !  

L’opposition est incitée à être dans le ‘tout ou rien’, l’outrance. Il en résulte une caricature de débat parfaite pour le spectacle de l’infotainment Bolloré et les réseaux  sociaux qui ne vivent qu’en outrant les controverses. A cause de nos  institutions, l’appel de Berger à nous métamorphoser, de Gaulois  réfractaires à gentil Français, risque d’être vain… bref…Allez  j’ose… Berger aura encore longtemps besoin de son bâton pour faire  entendre la voix des travailleurs.  

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