L’édito politique du jour, avec vous, Yael Goosz. Et si on s’était trompé de campagne et d’élections…

D’un extrême à l’autre : de l’enjambement au risque d’enlisement. Qui aurait imaginé, il y a six semaines encore (quand Emmanuel Macron annonçait un nouveau confinement) qu’on basculerait si vite dans la campagne ? Ce même Président qui, l’an dernier, voulait repousser les élections à l’après 2022. Démocratie tronquée, campagne sans contact, peur du virus et abstention record… Toute cette argumentation, partagée aussi par les opposants aux présidents de régions sortants, semble être passée de mode. 

On assiste quasiment en direct à la composition des listes. Verts et Insoumis s’écharpent sur le choix des affiches dans les Hauts de France. Valérie Pécresse fait la une du Point, « La présidente ? ». Point d’interrogation. Titre volontairement ambivalent. Après la région, objectif Elysée. D’une campagne à l’autre. On rappelle qu’à droite, Xavier Bertrand et Laurent Wauquiez sont dans la même situation. 

D’une campagne à l’autre, ou télescopage, Yael ? 

Carambolage ! Tout se mélange au risque de faire perdre le sens des deux scrutins de juin. Jean Castex s’évertue à dire que ces élections seront locales, sans conséquences nationales, mais ce ne sont pas moins de dix ministres (un quart du gouvernement) envoyés au front. La stratégie d’alliance en Sud-Paca est une répétition générale de la présidentielle, tout comme l’opération anti-RN menée dans les Hauts-de-France par Eric Dupond-Moretti. A tel point qu’aujourd’hui, on se pose (déjà !) la question du front républicain – est-il mort ? qui va l’assumer ? – alors que personne n'a encore pu se compter au premier tour. Ajoutez à cela la prédominance des thèmes sécuritaires (chez Laurent Wauquiez ou Jordan Bardella qui pose en quasi ministre sur ses affiches avec ce slogan « le choix de la sécurité »), les polémiques sur une marcheuse voilée… Et vous avez là une campagne hyper active, certes, mais complètement dénaturée. 

Pourquoi dénaturée, Yael ? Les élections intermédiaires ont toujours eu valeur de test national ?

Oui, c’est vrai dès 1986. Les premières régionales sont organisées le même jour que les législatives. La droite prend sa revanche, nationale, sur Mitterrand. Pareil en 1992, avant la chambre bleue de 1993. 

Mais il est utile et civique de rappeler qu’en juin, votre bulletin de vote n’a pas le pouvoir magique de donner à une collectivité les compétences qu’elle n’a pas ! Gare à la confusion ! 

Que peut faire une région en matière de sécurité ? Pas grand chose, à part surveiller les abords des lycées, intervenir dans les gares et les trains. La vraie campagne, les points de clivage pertinents en région, c’est la gratuité ou pas des transports, si oui pour qui, et avec quel budget. L’emploi et la formation, bien sûr, compétence majeure des régions, quels métiers demain, alors que la crise économique menace après la crise sanitaire.

Cette présidentielle avant l’heure masque aussi les départementales ! Le département, c’est l’échelon de la solidarité. Là ce qui fait débat, c’est par exemple ce revenu de base que les conseils départementaux socialistes veulent expérimenter en fusionnant les allocations. Ou encore le salaire des aides à domicile : est-ce qu’il faut l’augmenter et comment ? Les retards pour le déploiement de la fibre optique. Pour ou contre les éoliennes. Comment irriguer avec moins d’eau disponible. 

L’avantage de cette surnationalisation des scrutins, c’est que cela peut dynamiser la participation. Côté pile : la mobilisation. Côté face : l’isoloir transformé en défouloir.

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