Ce matin vous nous parlez de gérontocratie !

Oui Patrick, alors vous êtes en ce moment dans un collège pour parler éducation et jeunesse. Je ne voudrais pas doucher votre enthousiasme mais savez-vous que si le thème de la jeunesse est très utilisé dans la campagne, nous vivons en réalité dans une gérontocratie honteuse ? Une gérontocratie qui ne veut pas dire son nom, qui n’accepte pas de se reconnaître comme telle. Alors la définition classique de la gérontocratie c’est, bien sûr, le pouvoir détenu par le vieux. Enfin, les vieux…les personnes âgées, les anciens, les seniors, voilà les vraies appellations des vieux en politique. L’Assemblée Nationale est chaque année plus ridée. Ainsi, 59 % des députés ont plus de 55 ans, contre 48 % en 2002. En 1981, ils étaient plus de cent députés à avoir moins de 40 ans, contre seulement 23 aujourd'hui. Mais ce n’est pas de cette gérontocratie là dont je veux parler. D’ailleurs pour ce qui est de l’exécutif, il y a plutôt eu un certain rajeunissement et un renouvellement ces dernières années avec les gouvernements nommés par Nicolas Sarkozy. La vraie gérontocratie c’est celle des électeurs. Ce sont les vieux-anciens-seniors, comme vous voulez, qui font l’élection. Cette partie de l’électorat, les plus de 60 ans, se mobilise beaucoup plus que les autres classes d’âges. Elle représentera prés d’un tiers des électeurs en mai prochain. Elle n’était que de 17% dans les années 70’. De la plus ou moins forte mobilisation de cet électorat peut dépendre l’issue du scrutin. En 2007, sans les plus de 60 ans Ségolène Royal aurait gagné l’élection. Aujourd’hui, (dans les sondages) seuls les plus de 65 ans voteraient majoritairement pour Nicolas Sarkozy au second tour.

Pourtant aucun candidat ne dit faire campagne pour conquérir le vote des seniors .

Non, malheureux ! Il ne faut jamais dire que vous faites un programme pour les seniors. Tout au plus vous avez dans votre programme des mesures spécifiques de solidarité pour cette partie de la population. Mais que ça ne vous empêche pas de les draguer. Pour ça il y a un truc, il faut avancer masqué ! Ne dites pas « nous voulons l’adhésion des personnes âgées » mais dites « nous voulons l’adhésion des classes populaires ». Avec ça vous pouvez traiter de thèmes compatibles pour ces deux catégories. La sécurité, l’autorité, la nation et surtout, le thème sur lequel tous les autres s’agrègent : « la protection ». Le candidat protecteur s’adresse d’abord aux personnes âgées. Mais il ne peut pas le dire comme ça. En fait, les candidats se livrent à une bataille vermeille en douce. C’est un peu comme ces publicités dans Femme Actuelle pour les gaines amincissantes, ou pour les élévateurs particuliers dans Notre temps. Vous avez remarqué, ce sont toujours des femmes d’une cinquantaine d’années, qui ont l’air d’aller tout à fait bien, qui sont mises en scène, jamais des personnes vraiment âgées. Eh bien dans le message politique c’est pareil. Il y a un bon test à faire, tout à fait probant, que chacun peut réaliser chez soi en écoutant les discours politiques. Quand vous voyez un candidat (singulièrement Nicolas Sarkozy qui compte sur ce qui est sa vraie base électorale) quand vous l’entendez parler des classes-populaires, amusez vous à remplacer ce terme, mentalement par « personnes âgées ». Vous verrez à tous les coups ça fonctionne. Après tout, cette France là aussi se lève tôt…

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