Ce matin, vous évoquez l’Alsace : une région, deux départements, qui pourraient bientôt s’unir pour devenir une nouvelle entité.

Oui les conseils généraux du Bas-Rhin et du Haut-Rhin ont voté le principe de leur fusion dans un Conseil Unique de l’Alsace. Selon la loi, le gouvernement peut alors soumettre cette proposition à referendum. Jean-Marc Ayrault, très favorable à la rationalisation des collectivités locales, s’est empressé de le faire. Et le 7 avril tous les Alsaciens sont donc appelé à voter. Et il se trouve que, dans le Bas-Rhin, comme dans le Haut-Rhin, l’UMP majoritaire, le PS et les Verts minoritaires, sont d’accord pour soutenir la fusion. Seul le Front de Gauche trouve que c’est une arnaque alors que le FN estime que c’est une atteinte à la Nation. Dans ce quasi consensus des grands partis, les socialistes de Strasbourg font bande à part, ils sont plutôt contre, craignant la domination d’une « super région » UMP … Mais cette position du PS strasbourgeois apparaît bien politicienne par rapport à l’enjeu et exaspère Matignon… il se pourrait qu’il change d’avis et rallie le camp du oui. Pour que s’opère la fusion, et donc la disparition de fait de deux départements, il faut que le « oui » (pas le taux de participation mais bien le « oui ») soit majoritaire bien sûr mais qu’il atteigne 25% des inscrits dans le Bas-Rhin et dans le Haut-Rhin. Si c’est le cas, le gouvernement doit traduire cette volonté dans un projet de loi qui donnerait naissance à un territoire d’un nouveau type en métropole… ça devrait aussi générer des économies de fonctionnement, même si certains élus voudraient que l’assemblée de cette nouvelle super région soit à Strasbourg et l’exécutif à Colmar pour contenter le nord et le sud… mais, mis à part ces petits arrangements un peu ridicules, cette évolution institutionnelle est une expérience intéressante notamment parce qu’elle est d’initiative locale.

Est-ce que l’Alsace peut être suivie par d’autres régions ?

C’est peu probable parce qu’il y a une spécificité alsacienne. C’est une petite région qui ne comporte que deux départements. Et puis l’identité régionale de l’Alsace est supérieure à celle de ses départements. Un habitant du Bas-Rhin dira plus spontanément « je suis Alsacien » que « je suis du Bas-Rhin ». Seule la Corse, qui comme l’Alsace, est une petite région (en superficie) avec seulement deux départements, devrait ne faire qu’une entité… seulement les inextricables dissensions politiques corses et la persistance d’une aspiration autonomiste l’en empêchent pour l’instant. Mais ce qui est remarquable dans le cas alsacien (si la fusion se réalise… c’est encore hypothétique) c’est que cela se fait sans aucune revendication identitaire agressive. Une région veut simplement se renforcer, non pas contre le reste de la France mais pour elle-même et Paris ne le craint pas. Dans le même ordre d’idée, la communauté urbaine de Lyon devrait fusionner avec le département du Rhône. C’est bien la preuve que le processus de décentralisation entamé en 1982 se poursuit et même se diversifie. C’est une bonne nouvelle démocratique (il faut bien qu’il y en ait quelques fois). Un certain jacobinisme uniformisateur, qui avait permis de rassembler et moderniser le pays, apparaît aujourd’hui comme un carcan, il appartient désormais au passé.

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