Vous revenez sur la réponse de François Fillon à nos confrères d’Europe 1 et des Echos qui l’interrogeaient sur ses onéreux costumes reçus en cadeau…

La réponse, fut « Et alors » ! «Et alors», une interjection qui vient percuter, de façon on ne peut plus éclatante, la proposition qu’il fera, quelques heures plus tard en présentant son programme : établir un code de bonne conduite pour les parlementaires en matière de transparence. C’est depuis plusieurs semaines toute l’histoire dramatique de la campagne de François Fillon. Tout ce que l’on apprend contredit ce qu’il dit et donc démonétise son discours. On a encore le droit de recevoir des cadeaux et non, je ne vous dirai pas qui est le généreux bienfaiteur, dit-il en substance, l’air de ne pas comprendre où était le problème. De quoi provoquer des réactions ambivalentes parce que, c’est vrai, cette visite de la garde-robe d’un candidat a quelque chose de déplacé. La qualité des tissus et le prix des vêtements ne devraient pas être un élément du débat alors que le candidat fait des propositions fortes qui, si elles sont vraiment mises en œuvre, auront un impact sur la vie des Français, positif ou négatif… c’est ce qui devrait faire débat. Mais pourtant, non, cette histoire de costume n’est pas anodine. Ce « et alors » révèle une sidérante ignorance de ce qui fait horreur aux citoyens et nourrit la défiance envers la politique et ses représentants. Un homme qui accepte de tels cadeaux… à de tels prix, et qui les accepte de personnalités dont il vaut mieux ne pas révéler l’identité, laisse penser qu’il peut être redevable d’un puissant, d’un intérêt privé. Charles de Courson, député centriste, resté fidèle à François Fillon, est le seul à critiquer ouvertement cette incroyable légèreté. Mais, hors micro, ce ne sont que des réactions affligées de la part des responsables LR. Quand vous êtes en situation d’avoir d’immenses pouvoirs (le président français est le chef de l’Etat le plus puissant d’Europe), vous n’acceptez pas la possibilité d’être redevable, ni même d'apparaître redevable.

Ces affaires salissent au-delà du candidat lui-même.

Oui, les affaires, et le mode de défense sur le registre antisystème choisi par François Fillon, ont un effet délétère sur toute la campagne. Leur accumulation renforce le sentiment d’acharnement au sein du noyau dur de l’électorat de la droite qui sent bien que son camp est majoritaire dans le pays, que le mouvement naturel du balancier démocratique après le quinquennat Hollande devait revenir à droite. Loin de mettre en cause leur candidat, pourtant principal responsable de ce gâchis, le noyau dur filloniste, renforcé par la frange la plus radicale de la droite parlementaire, chauffé à blanc, se mure (l’ambiance des meetings en atteste) dans une attitude d’assiégé, nourrit un ressentiment croissant envers la justice, la presse, et fait croître le fantasmatique antisystème. La défense de type « tout le monde fait ça, pourquoi s’acharne-t-on sur François Fillon ? » est la plus corrosive. Parce qu’en réalité, tout le monde ne fait pas ça ! Loin de là. Salir l’ensemble pour banaliser ce qui vous est reproché… voilà bien la pire des façons de servir la politique.

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