Le procès des militants de Tarnac… Syndrome des dérives de l’anti-terrorisme …

Ce procès, ces dix années d’enquête et les révélations édifiantes de la façon dont les policiers ont emprunté des chemins de traverse juridiques pour obtenir des témoignages téléguidés, dévoilent une dérive de la lutte anti-terroriste… Dérive qui aboutit à considérer que face au terrorisme, l’état de droit peut être tenu pour secondaire. Pire : pour tenir l’état de droit à l’écart, on s’empresse de qualifier de terroriste une affaire de sabotage  destinée à arrêter 4 trains sans faire aucune victime. Et jusqu’à preuve du contraire, les épiciers de Tarnac ne sont pas les auteurs de ce sabotage. Combien de centaines d’heures de surveillance pour prouver, en vain, qu’on avait à faire à des terroristes ? A la moindre petite parcelle de preuve (vite avérée fausse ou fragile), la ministre de l’Intérieur de l’époque, Michèle Alliot-Marie convoquait la presse pour (avec l’air martial de Théodore Steeg, son homologue de l’époque de la bande à Bonnot) annoncer que le gouvernement avait démantelé une bande très dangereuse. Madame Alliot-Marie ne s’est pas rendue disponible pour  le procès. On la comprend. Mais les gouvernants n’étaient pas les seuls à se faire peur avec la mouvance dite anarcho-autonome, une partie de la presse embrayait, avant -soyons justes- de démonter un à un les fantasmes sur cette frange de la gauche radicale, en réalité peu organisée. Ce procès montre aussi une dérive de l’utilisation, dans les procédures judiciaires, de ce que l’on appelle les notes blanches des services de renseignements. Ces notes, ni datées ni signées, et qui accusent, qualifient, affirment, sans autre forme de justification. Ces notes, certainement utiles pour faire progresser des enquêtes, sont dangereuses, une fois versées dans le circuit judiciaire puisque la défense ne peut pas en contester le contenu. Et leur utilisation judiciaire se généralise surtout depuis les lois anti-terroristes de 2015 et 2017.

Que représente ce que l’on appelle l’ultra gauche ?

De zad en collectifs, il s’agit d’une mouvance qui exerce une certaine fascination sur de nombreux jeunes aux profils plus variés qu’on ne le croit, diplômés ou précaires. Ils développent une critique radicale du capitalisme, sont souvent des écologistes extrêmes. Ils se voient en avant-garde contestataire d’un monde productiviste qui court à sa perte. Pour savoir ce qu’ils représentent, il vaut mieux se procurer des notes de lecture de leur littérature que les notes blanches de la police. L’Insurection qui vient, plus lu par les chercheurs et les policiers qui les surveillent que par les militants, est censé être leur livre fondateur. C’est un livre dense, bien écrit et assez abscons. Ils sont les descendants, non pas des terroristes des années de plomb, mais plutôt des autonomes, des premiers écologistes, des situationnistes de Guy Debord… Ils lisent (ou disent lire) Deleuze, Foucault. Leur radicalité les mène parfois hors la loi (les zadistes par exemple) mais n’en fait pas des terroristes. Ne pas faire cette distinction, confondre radicalité politique et terrorisme,  est une preuve de plus de la déstabilisation que les vrais terroristes parviennent à provoquer dans nos sociétés en nous forçant à limiter les libertés au prétexte de sauver un peu de notre sécurité. 

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