Les "peines planchers" à nouveau sur le devant de la scène. Cet après midi, les députés UMP doivent décider de les inclure ou non dans le projet de loi sur la prévention de la délinquance de Nicolas Sarkozy. Et cette décision n'est pas neutre. Pour la Nième fois depuis 2002, cette problématique des peines planchers pour les délinquants mineurs multirécidivistes revient en effet sur le tapis. Les députés de la majorité sont cet après midi face à une alternative et leur choix révélera d'une certaine façon l'idée qu'ils se font de la politique. Soit ils envoient à leurs électeurs un message d'offensive sécuritaire. La justice est trop laxiste, il faut la muscler. Soit ils ont le courage de dire que le problème aujourd'hui est moins de réformer la justice que, d'abord de l'appliquer. Que Nicolas Sarkozy fasse de l'instauration de peines planchers un argument de candidat, pourquoi pas. Le débat présidentiel doit être sans tabou. Et si le ministre de l'Intérieur qu'il est aujourd'hui, s'obstine à penser que LA solution, ce sont des peines automatiques pour les récidivistes, encore une fois pourquoi pas. Il faut lui reconnaître sur le sujet une vraie constance, puisqu'il a fait de cette mesure son véritable dada depuis 2003. Pour autant, les parlementaires UMP ne devraient pas se laisser entrainer à abdiquer leur rôle pour complaire au candidat présumé de leur camp. Eux sont là pour faire en sorte que la loi soit efficace, et appliquée, et dans ce cadre là, l'opportunité de légiférer est plus que douteuse. Au mieux, ils voteraient en effet, sans l'aval du gouvernement puisque Dominique de Villepin et le garde des sceaux Pascal Clément ont dit par avance leur opposition à ce principe, une mesure qui n'aurait aucune chance d'être appliquée avant plusieurs mois. Alors qu'il existe déjà un arsenal législatif qui permet aux juges de condamner sévèrement les récidivistes, notamment par leur incarcération immédiate, quand ils sont violents, ou par la limitation des réductions de leur peine. La loi Répression de la récidive, initiée d'ailleurs par Nicolas Sarkozy mais conduite par l'actuel garde des sceaux à l'issue d'un large débat avec des juristes, des éducateurs, des gardiens de prison, des médecins, ne date que de fin 2005. C'est-à-dire qu'elle commence tout juste à être appliquée. Et si on attendait de voir ce qu'elle donne avant de sur légiférer ? En votant à la va vite un amendement qui reprendrait l'idée de ces peines minimales automatiques, les députés savent aussi qu'ils pourraient se heurter à un problème d'inconstitutionnalité. Adapter une peine à un individu, et aux circonstances de son acte est en effet un principe du droit français, et du droit européen. Voilà, cet après midi, les parlementaires de la majorité ont donc le choix. Courir après leur candidat, ou tenter de dire la réalité à leurs électeurs. Choix de vérité en fait, sur leur propre fonction.

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