Ce matin, vous évoquez une question qui va faire débat dans les prochains mois : le gaz de schiste.

Oui, c’est un sujet sur lequel les opinions des responsables politiques évoluent assez rapidement, sans trop de publicité parce que le débat reste hyper sensible. Et il n’évolue pas simplement du fait de l’activisme des lobbies favorables à l’exploitation de cette énergie fossile mais bien parce que le sentiment que nous serions peut-être assis sur un tas d’or progresse. Pour l’instant, les forages même expérimentaux, sont interdits en France parce qu’on ne connait qu’une seule façon de les effectuer : la fracturation hydraulique. C’est une technique qui nécessite énormément d’eau et qui provoque d’épouvantables dégâts dans les sous-sols. Mais en même temps, l’idée que la France, pour une fois serait bénie des dieux en matière d’énergie fossile fait réfléchir et incite à poursuivre et activer les recherches pour qu’enfin l’on trouve une technique d’extraction écologiquement acceptable. On en est loin mais hier, François Hollande, lors de sa conférence de presse a bien souligné que l’interdiction n’était liée qu’à la dangerosité et au caractère dévastateur de ce mode d’extraction. C’est là qu’une vraie fracture apparaît entre les Verts et le PS. Et c’est sur ce sujet plutôt que sur les questions de pacte de compétitivité, ou sur le rythme de la mise en place de la fiscalité écologique que pourrait bien se fracasser, dans quelques mois, l’accord entre ces deux partis.

Parce que pour les écologistes, l’exploitation des gaz de schiste est une mauvaise idée en soi !

Oui, de leur point de vue, même si l’on trouvait une façon propre d’extraire cette énergie, son exploitation ne ferait que prolonger l’addiction de notre société aux énergies fossiles, polluantes et destinées de toute façon à disparaître. Du coup on risquerait de s’exonérer des efforts et investissements nécessaires pour la transition écologique vers les énergies renouvelables et pour la mise en place d’une autre façon de produire, de consommer et donc de vivre. Cette différence d’approche entre socialistes et écologistes est même sans doute plus importante que sur le nucléaire pour lequel PS et verts ont un différent, désormais, de degrés et de rythme plus que de nature. Il est plus compatible de dire « nous –socialistes- réduisons la part du nucléaire » et « nous –écologistes- estimons que la réduction de la part du nucléaire ne va pas assez vite », parce que ça revient à dire que les uns et les autres vont finalement dans le même sens, mais simplement à une allure différente. Ça peut s’assumer. Alors que sur les gaz de schiste, écologistes et socialistes sont sur deux logiques, deux visions de la société et du progrès, antagonistes. Le débat sur cette question est mûr. S’il n’a pas encore lieu c’est que les deux partis en connaissent le caractère explosif. Mais il est inévitable et devrait être fatal à l’accord Verts/PS à moins que la logique gouvernementale l’emporte et qu’à l’instar de tous les ministres communistes des gouvernements de gauche entre 81 et 2002, qui sont devenus des réformateurs de leur parti et ont même accepté les privatisations sous Lionel Jospin, qu’à l’instar donc d’un Charles Fiterman, ou d’une Marie-Georges Buffet, les deux ministres écologistes se laissent finalement digérer par l’ogre socialiste, doté d’un estomac à toute épreuve, capable d’avaler, dans une même bouchée les gaz de schiste, Cécile Duflot et Pascal Canfin !

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