Bonnets rouges
Bonnets rouges © Maxppp

Oui, parce que le jeu normal de la démocratie, c’est que l’opposition tente de relayer les mécontentements, de les organiser, de les hiérarchiser, de les canaliser. Bref, de les récupérer. Les récupérer, au bon sens du terme. Après tout, les partis politiques sont là pour exprimer l’opinion et la traduire en projet alternatif. Ça, c’est sur le papier. Dans la vraie vie, aujourd’hui, et en pleine crise de la représentation, l’UMP, au niveau national, se retrouve, face aux bonnets rouges comme une poule devant un couteau.

Les centristes (L’Alternative, il va falloir s’habituer à ce drôle de nom), eux, sont comme un lapin devant une fourchette, et le FN, plutôt comme un chasseur devant un fusil ! Seul le FN, qui n’est pour rien dans la situation économique du pays, qui n’est pour rien dans rien, peut profiter des bonnets rouges et se permettre toutes les incohérences de sa fonction tribunicienne. Comme la seule chose qui relie les participants à ce mouvement hétéroclite, c’est ce couvre chef rouge, le mouvement échappe à ses créateurs…

Finalement, il n’est pas besoin de penser quoi que ce soit de précis pour en faire partie, juste revendiquer, éventuellement participer au sacrifice rituel d’un radar... Et mettre un bonnet rouge sur la tête. D’ailleurs le seul responsable politique national qui ait eu l’idée, l’outrecuidance, de porter ce bonnet c’est Jean-Marie Le Pen. Christian Troadec, l’initiateur divers gauche du mouvement est piégé ! Il peut toujours affirmer que « l’extrême droite n’a pas sa place parmi les bonnets rouges » ça ne sert à rien ! Le bonnet rouge appartient à tout le monde, de Christian Troadec à Jean-Marie Le Pen, en passant par le commandant Cousteau, ou le grand Schtroumpf.

Ce mouvement est donc hors de tout contrôle, il est dangereux même pour l’UMP !

Oui, puisqu’il ne respecte aucun des canons de l’activisme habituel : il fixe des ultimatums inconséquents au gouvernement, il demande plus d’État et plus d’autonomie régionale, plus de subventions, et moins d’Europe, plus de souplesse économique, et moins de licenciements. Ce mouvement d’humeur est le reflet d’un vrai ras-le-bol, de vraies angoisses, mais le désordre idéologique qu’il charrie interdit à l’UMP et aux centristes de s’en approcher de trop près.

Pourtant, il faut bien que l’UMP prenne en compte l’expression d’une telle radicalité qui correspond à l’état d’esprit d’une partie du pays. Initiateur de l’écotaxe, au pouvoir ces dix dernières années, le parti de Jean-François Copé doit, pour éviter qu’on lui resserve sa coresponsabilité dans la situation actuelle, choisir d’autres domaines pour s’opposer frontalement. Il a choisi les rythmes scolaires. Sur ce sujet au moins, seule la majorité est responsable. Copé va réunir, la semaine prochaine, en marge du congrès des maires de France, 500 maires d’opposition pour organiser la fronde anti-nouveaux rythmes scolaires. Et l’UMP va appeler les élus qui le souhaitent à boycotter la mise en place de la mesure. L’UMP s’apprête donc à susciter le non respect d’une loi ! Une bonne façon -limite séditieuse- de se « bonnet-rougiser » sans risque.

Résumons : L’UMP, dont le rôle institutionnel est de canaliser les mécontentements n’y arrive pas, alors que le mouvement des bonnets rouge arrive, lui, par son influence, à faire mordre le trait de la légalité à un grand parti de gouvernement. C’est à ce genre de détails que l’on perçoit l’affaiblissement des partis traditionnels et la dégradation de la vie politique en France.

Aller plus loin :

Tempête sous un bonnet rouge qui revient sur le mouvement des bonnets rouges et retrouvez le zoom de la rédaction de France Inter consacré à ce sujet

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