Bernard Cazeneuve interdit définitivement les grenades offensives dans le cadre du maintien de l’ordre.

Oui, la France, de par sa culture protestataire, avait développé une science (on peut appeler ça comme ça) du maintien de l’ordre. Des policiers et gendarmes français vont même régulièrement former leurs confrères étrangers. 1968, avec aucun mort à Paris, est considéré comme une prouesse, tout comme les émeutes de 2005 sans victimes. Nicolas Sarkozy peut d’ailleurs s’en enorgueillir. Il ne s’en prive pas. Depuis 1944, et la création des CRS, les gouvernements prétendent faire du maintien de l’ordre « républicain », c'est-à-dire en prenant bien soin de provoquer le moins de victimes possible. Cette doctrine a aussi connu de tragiques et sanguinaires impasses, comme lors de la répression des Algériens de France en octobre 1961. Mais les temps ont changé et l’époque où les CRS chargeaient, matraque à la main, avec un simple casque, un bouclier en plastique et cravate au vent, comme en 68, est révolue. La mobilité des manifestants les plus jeunes s’est accrue. L’objectif des groupuscules violents n’est plus de prendre un bâtiment public facile à défendre mais la destruction de biens symboliques ou l’affrontement direct avec la police. La « Robocopisation » des forces de l’ordre est en marche. Il s’agit d’impressionner et de se protéger. Mais, avec cet accoutrement agressif, les policiers deviennent une cible attrayante pour de jeunes manifestants avides de confrontation directe et spectaculaire. L’importance des images est devenue primordiale, comme dans toutes activités publiques.

Le modèle français du maintien de l’ordre a donc perdu de son exemplarité.

Oui, et il y a eu une rupture avec l’apparition d’armes de tire, dites non létales, comme les flash-balls et les grenades offensives. Les flash-balls, en particulier, que le ministre de l’Intérieur serait bien inspiré d’interdire aussi. Le maniement de cette arme remet la police dans une position de tire ! C’est une rupture avec le sacrosaint principe du maintien de l’ordre dit « républicain » selon lequel « on ne tire pas sur la foule ». Or, avec le flash-ball, on « tire sur la foule ». Ce simple geste de viser change la philosophie du maintien de l’ordre, change le rapport à l’autorité. Et puis, il provoque de nombreuses blessures dont on parle peu. Il y a déjà plusieurs dizaines de jeunes qui ont perdu un œil ou subi de graves traumatismes à la face. Le flash-ball finira par tuer. De plus, pour empêcher le vandalisme et interpeler les meneurs, des policiers de la BAC, en civil, souvent déguisés en manifestants, s’infiltrent dans les cortèges. Le site d’information écologiste Reporterre.net a mis en lignes ces derniers jours des photos inquiétantes de ces policiers en civil, très violents, dont certains portaient même le foulard à l’effigie de tête de mort. Cette dérive est le signe que la police perd pied en matière de maintien de l’ordre. Comme dans tous les domaines qui régissent les relations entre l’Etat et la population, le maintien de l’ordre a cruellement besoin de procédures plus claires et plus transparentes… c’est-à-dire véritablement plus républicaines.

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