15 000 scientifiques du monde entier alertent sur la dégradation rapide de l’environnement… Pourquoi donc le débat politique ne porte pas principalement sur la principale question qui se pose à nos sociétés ?

La sculpture "Unbearable" réalisée par l'artiste danois Jens Galschiot et présentée dans le parc Rheinaue de Bonn
La sculpture "Unbearable" réalisée par l'artiste danois Jens Galschiot et présentée dans le parc Rheinaue de Bonn © AFP / PATRIK STOLLARZ

Leur texte très alarmant représente – disent-ils - un « avertissement à l’humanité » parce que « le temps presse ». En les lisant, on est pris de vertige. 

Pourquoi, alors que l’évidence scientifique est établie depuis des années, pourquoi notre débat public n’a pas pris la mesure de l’urgence ? 

Pourquoi continuons-nous à faire vivre une vie politique, au contenu aussi secondaire, au regard de la gravité des enjeux environnementaux ? 

Les questions identitaires, celles même de la répartition des richesses, les questions sécuritaires, opposent les gens sérieux de la politique. En 1974, René Dumont alertait le premier, lors d’une présidentielle, sur l’insoutenabilité de notre mode de vie. On le considérait comme un hurluberlu. 

Aujourd’hui, dans le débat public, un homme tel que Pierre Rabhi est vu comme un sage, pourtant on l’écoute d’une oreille distraite. Son discours doux est en fait une remise en cause radicale. Mais il est moins important – et les 15.000 scientifiques de l’appel avec- pour le spectacle politique et intellectuel quotidien, pour le fond sonore de nos polémiques que Zemour, Onfray, Todd ou n’importe quel bestseller qui aura un avis tranché sur les banlieues, le terrorisme, l’islam, le retour de l’autorité à l’école, la PMA ou l’écriture inclusive. 

Avez-vous entendu un seul mot sur l’environnement dans le débat pour la présidence de Les Républicains ? Non, ce sont, pour eux, des sujets de bobos parisiens. De l’autre côté, Jean-Luc Mélenchon et Benoît Hamon avaient placé l’écologie au cœur de leur campagne mais leur activité d’opposant n’est pas principalement axée sur ces thèmes et ce n’est pas sur ces sujets que nous les interrogeons, ni qu’ils descendent dans la rue. La gauche comprend lentement que son futur n’est plus la lutte des classes pour la répartition des fruits du productivisme prédateur de biodiversité, mais l’écologie. 

Et Emmanuel Macron ?

A-t-il décidé, puisqu’il prétend incarner la modernité, de réorienter notre économie et notre modèle social en vertu de l’impératif environnemental ? Non, pour l’instant ce n’est pas le cas : Nicolas Hulot doit sans cesse mettre, implicitement ou explicitement, sa démission dans la balance, se battre contre les vents contraires. Notre commentaire le plus courant (et le plus dérisoire), à son égard, consiste à mesurer le mètre linéaire de couleuvres avalées. 

Pourquoi donc le débat politique ne porte pas principalement sur la principale question qui se pose à nos sociétés ? 

En dehors de notre égoïsme de contemporains matériellement gâtés, il y a une inadéquation croissante entre la réalité de nos problèmes et le cadre de leur résolution : toutes solutions pour sauver ce qui peut encore l’être, de la biodiversité et du climat, résultera non pas des Etats-nations mais de deux niveaux : 

  • le niveau le plus proche, comme la commune (et beaucoup de maires sont très actifs quitte à être décriés comme Anne Hidalgo
  • le niveau le plus large, le monde

Le cadre national est peu adéquat et relativement impuissant sur ces sujets. Mais ça reste le cadre principal de nos débats, le cadre institutionnel de la vie démocratique : voilà comment la crise écologique peut engendrer aussi (en rendant nos débats nationaux vains et impuissants) une grave crise démocratique.

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