Ce matin vous partez d’un propos de Marine Le Pen, hier à ce micro...

Oui la patronne du RN expliquait que pour lutter contre l’ultra-libéralisme qui détruit nos sociétés, il fallait revenir à la Nation, seul cadre à même d’assurer une protection aux citoyens. Conception qui rappelle la pensée chevènementiste des années 1980/90 remise au goût du jour. A l’opposé, Emmanuel Macron, mais aussi les socialistes, les écologistes, la droite modérée, chacun avec sa sensibilité, explique que pour préserver notre modèle social, c’est le cadre européen qu’il convient de réorienter mais de conserver. Du côté de LFI, on ne considère pas (comme au RN) que, par nature, la Nation est plus protectrice que le continent mais on estime que dans un continent où domine l’idéologique libérale, il vaut mieux (c’est ce qu’ils appellent le plan B) se départir des règles européennes et en revenir au niveau national, siège, après tout de la plus forte légitimité démocratique. Le souverainisme de Marine Le Pen est donc d’essence nationaliste quand celui de Jean-Luc Mélenchon serait social et par défaut. 

Ces positions récusent toutes l’excès de libéralisme.

Oui et c’est aussi maintenant clairement exprimé par celui pour lequel c’était le moins évident : Emmanuel Macron. Il faut s’entendre sur ce qu’est le libéralisme ambiant souvent qualifié d’ultra-libéralisme. Mais même si les opposants à l’actuelle majorité la qualifient d’ultra libérale, il n’en est rien. La sphère de l’Etat, très importante (et qui ne diminue pas sous ce quinquennat), la qualité de notre système social, ne font pas de la France un pays sur pente ultra-libérale. Il est donc une forme de consensus qu’il ne faudrait pas oublier: tout le monde, aujourd’hui, veut conserver ou adapter notre modèle social. LFI et le FN disent que LREM le détricote, LREM accuse ses opposants de vouloir le ruiner en ne se souciant pas de son financement et de son adaptation... bref, chacun s’estime le seul gardien possible de notre modèle. En réalité, est-ce le cadre national ou le cadre européen qui permet au mieux de le défendre ? L’Europe est le seul ensemble de pays organisé au monde à philosophiquement vouloir tendre vers un modèle voisin de celui de la France, disent les pro-européens. Est-ce toujours vrai ? Et puis le fonctionnement de l’Europe, l’obsession monétaire de l’Allemagne qui n’a pas les mêmes intérêts que nous, du fait de la structure de son industrie et de sa pyramide des âges, contrarie notre vision. De son côté, le retour à la Nation, peut-être aussi le retour du chacun pour soi dé-régulateur, de la guerre économique, du dumping fiscal ou environnemental. Comment, dans une Europe des Nations, ferait-on, par exemple, pour s’imposer des règles écologiques, sachant que l’environnement ne connaît pas les frontières ? Il en va de même pour l’immigration et bien d’autres sujets. Toute règle commune doit-elle être vécue comme une insupportable atteinte à la souveraineté ? Pourquoi ne pas plutôt travailler à une souveraineté européenne ? Ces questions ne sont pas binaires et si chacun ne s’enferme pas dans sa caricature, il y a de quoi vivre une campagne des européennes passionnante. Ce n’est pas gagné. 

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