Vive émotion après l’immolation d’un étudiant devant le CROUS de Lyon. C’est une tentative de suicide avec ses insondables raisons intimes. Mais comment se permettre d’affirmer que ce geste n’est pas politique ? C’est pourtant visiblement la consigne au gouvernement.

Ça l’était –du moins- ces deux derniers jours puisque deux ministres ont dénié le caractère politique de l’immolation, quasiment dans les mêmes termes. L’immolation, dans l’histoire (Quang Duc, en 1963, au Vietnam, pour attirer l’attention sur les persécutions bouddhistes, Jan Palach à Prague en 69 ou Mohamed Bouazizi en Tunisie en 2011 qui lance les Printemps arabes) est un acte de désespérance spectaculaire destiné à alerter sur une situation qui dépasse sa propre personne. 

On pourrait disserter à l’infini sur les véritables ressors (intimes, sociaux, politiques) d’un acte aussi terrible, toujours est-il que le texte laissé par le jeune homme (toujours entre la vie et la mort) est sans équivoque, comme ses engagements et le témoignage de ses amis.  

Une révolte de la jeunesse est-elle en train de naître

Personne ne peut l’affirmer. La jeunesse se révolte, périodiquement. C’est une spécificité française. Les étudiants, ont leur rite initiatique, ils manifestent, secouent le pouvoir avec la geste révolutionnaire, persuadés de poursuivre l’œuvre des grands anciens, des révolutions du XIXème, de mai 68 dont on annonce toujours la réplique. 

Souvent la jeunesse prend prétexte d’une loi sur l’éducation généralement inoffensive (Debré en 1973, Devaquet en 1986, CPE en 2006...) et en fait le symbole d’un monde dont elle ne veut plus. Elle tâte du pavé, pour bien rappeler au pouvoir qu’elle est la jeunesse de France. 

Sibeth Ndiaye, notre invitée ce matin, a sûrement manifesté contre le CPE et le 1er ministre d’alors, Dominique de Villepin, que la jeunesse dans la rue, devait, comme il se doit, situer politiquement quelque part entre Bayrou et Pinochet. C’est normal. 

Une radicalité plus grave de la jeunesse

Mais aujourd’hui il s’agit d’autre chose. Cette fois-ci, la radicalité que l’on sent dans la jeunesse est beaucoup plus grave et désespérée ; c’est une colère d’abord sociale, sans utopie brandie. Elle n’a pas besoin de prendre le prétexte d’une quelconque loi. Au-delà des aides publiques, c’est l’environnement social de la vie étudiante qui est devenu souvent invivable. Le logement, notamment, inabordable dans les grandes villes, précarise nombre d’étudiants… 

Aucun parti, même extrémiste, ne semble en mesure d’initier ou d’accompagner un éventuel mouvement… mais la radicalité est bien là et une étiquette fourre-tout, générique et évidente, fédère la colère : ‘l’anticapitalisme’. La désespérance écologique ajoute un voile cataclysmique à la noirceur sociale. 

Bien loin des éruptions festives et germanopratines des révoltes estudiantines que nous avons vécues par le passé… bien loin de l’extrémisme théorique et romantique des dernières décennies, le drame que représente cette immolation dit la profondeur du malaise… 

Les étudiants des générations précédentes maniaient des utopies pour changer le monde puis ils s’y intégraient parfaitement. Aujourd’hui, la jeunesse n’a pas ce luxe. Pèse confusément sur ses épaules l'impératif de le sauver... c’est d’une toute autre dimension !

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