La non-extradition vers l’Italie de Marina Petrella, l’ex-militante des brigades rouges, pose plusieurs questions. Marina Petrella, qui s’était réfugiée en France, s’est faite arrêter en 2007 et était, depuis juin dernier, sous le coup d’un décret d’extradition signé par le premier ministre. L’ancienne militante avait été condamnée à perpétuité en Italie en 1992 pour complicité de meurtre d’un policier pendant ce que l’on a appelé les années de plomb. Depuis son arrestation, elle se sentait trahie par la France et avait sombré dans une profonde déprime qui pouvait s’assimiler à un refus de s’alimenter et de se soigner. Marina Petrella était un cas judiciaire. Elle est devenue un cas humanitaire puisque sa vie est en danger. Dans ces conditions, la décision de Nicolas Sarkozy de ne pas l’extrader est tout à fait compréhensible. Compréhensible, humaine et en même temps, elle ouvre un champ de questions qui nous place au cœur de la contradiction de l’exercice du pouvoir. Le terrible dilemme devant lequel se trouve parfois un Président : comment peut-il (lui qui préside en ce moment l’Union Européenne) en appeler à l’Europe politique -par exemple- pour résoudre la crise financière et en même temps, dire à la justice italienne qu’elle n’est pas tout à fait digne de confiance. Il n’y a pas d’espace de justice européen mais il y a un accord tacite selon lequel chaque système judiciaire des pays membres répond à des critères acceptés par tous. Il y a une certaine notion de justice équivalente. Les responsables politiques italiens de droite comme de gauche se sentent humiliés à l’idée que l’on imagine que Marina Petrella serait moins bien traitée en Italie qu’en France. Nicolas Sarkozy tient aussi la parole de la France puisque François Mitterrand avait promis aux anciens des brigades rouges de ne pas les extrader. Mais ce n’est pas du tout ce que l’Elysée dit puisque le Président a toujours affirmé que, comme Jacques Chirac, il voulait rompre avec la doctrine du Président socialiste en la matière. Officiellement, la décision de ne pas extrader Marina Petrella est une exception purement humanitaire, rien d’autre. Mais là encore, dilemme : ne pas extrader les militants italiens c’est trahir la solidarité européenne, les extrader, c’est trahir –quand même- la parole de la France. C’est bien connu : « gouverner c’est choisir entre deux inconvénients. » (Waldeck-Rousseau) Cette décision pose une autre question : le rôle de Carla Bruni-Sarkozy. Il est avéré que la femme du Président a eu un rôle très important dans la volte face de son mari. Elle milite depuis longtemps pour que la France protège les anciens membres des brigades rouges. Des centaines de jeunes italiens qui, estime-t-elle, s’étaient perdus dans la lutte armée comme d’autres se perdaient dans la drogue. La légende veut que la riche famille Bruni ait quitté l’Italie pour fuir les assassins d’extrême gauche. Valérie Bruni-Tedeschi, la sœur de Carla Bruni, a précisé hier que sa famille avait plutôt fui la mafia. Carla Bruni, artiste de gauche a, semble-t-il, une réelle influence dans certains domaines sur son mari. Ce fut le cas concernant le jugement de Nicolas Sarkozy sur le fichier EDVIGE. Là encore, ces affaires nous font toucher du doigt une autre réalité du pouvoir et singulièrement en France où le Président, une fois élu, est homme seul et surpuissant. Un homme qui subit forcément les influences de la vie, de son entourage, même si ça le fait dévier de certaines orientations sur lesquelles il a été élu !

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