**Le projet de loi ratifiant l'ordonnance sur le redécoupage électoral est débattu, ces jours ci à l'Assemblée.Oui, et ça chauffe ! On pourrait s’amuser à écrire les dialogues de la séance sans risque de se tromper tellement cette polémique qui enfle était prévisible ! Avant de critiquer ce découpage (parce qu’on va le critiquer) il faut quand même rappeler qu’il était nécessaire. Le conseil constitutionnel le demande depuis 1997 aux vues des évolutions démographiques. La plus petite circonscription fait 35.000 électeurs et la plus grosse 220.000. Ça n’est pas tenable. Entre 97 et 2002, les socialistes se sont défilés et sont restés sourds aux appels du Conseil constitutionnel, leur protestation d’aujourd’hui s’en trouve affaiblie… Donc il fallait faire ce redécoupage. Le gouvernement le fait et c’est là qu’on se rend compte qu’il y a des constantes assez consternantes dans notre vie politique : encore une fois nous assistons à un tripatouillage, à un charcutage…vous voyez on ressort d’ailleurs toujours les mêmes qualificatifs : (tripatouillage, charcutage). On disait déjà ça en 1986, quand Charles Pasqua, le ministre de l’intérieur de Jacques Chirac premier ministre avait redécoupé avec des ciseaux tordus ou quand, quelques années plus tôt Gaston Defferre, ministre de l’intérieur de François Mitterrand s’était concocté un découpage municipal à Marseille aux petits oignons qui lui avait permis de se faire réélire en 83 avec moins de voix que Jean-Claude Gaudin. Alain Marleix, amis de toujours de Nicolas Sarkozy nommé au secrétariat d’Etat aux collectivités territoriales est sans doute moins sulfureux, de réputation que ses deux illustres prédécesseurs charcutiers législatifs mais l’esprit dans lequel il travaille est à peu près le même puisque le résultat est le suivant : sur 33 circonscriptions supprimées 18 sont de gauche et sur 33 circonscriptions créées largement plus d’une vingtaine seraient acquises à l’UMP. La différence entre les époques borsalino et pompes bicolores de Pasqua et Defferre et aujourd’hui, c’est qu’aujourd’hui on a des logiciels qui simulent. En quelques clics la manip’ apparaît au grand jour. Ce qui est quand même rassurant dans les découpages tendancieux c’est qu’ils se trompent souvent. Charles Pasqua avait, par exemple multiplié les circonscriptions au centre de Paris, réputé bourgeois, donc favorable au RPR de l’époque. Il n’avait pas vu venir la boboïsation de la capitale qui à finalement fourni une bonne poignée de députés de gauche sur représentés… Mais dans un redécoupage, il y aura toujours des sacrifiés qui « râleront » (si j’ose dire) !C’est vrai, le problème vient du fait qu’il y a plus de sacrifiés dans le camp qui a le moins de députés. C’est donc mathématiquement injuste. Il y aurait bien une solution. La solution d’une démocratie moderne, transparente et honnête, bref la solution normale serait de confier le découpage, non pas à un ministre, non pas à une commission de parlementaires de tous bords qui se mettraient immanquablement à négocier…mais à une commission composée de géographes et de démographes…car de quoi s’agit il ? Il ne s’agit que de composer des circonscriptions géographiques relativement cohérentes et peuplées de 90.000 à 150.000 électeurs. Ces circonscriptions ne sont que des bassins d’élections. Le député, une fois élu est un élu de la nation. La circonscription n’a donc d’intérêt que par le nombre d’électeurs. Une commission de géographe et de démographe suffirait largement pour redessiner une carte relativement impartiale. Qu’un ministre soit toujours en charge du découpage électoral –si l’on y réfléchit - c’est un peu comme permettre à un joueur de poker d’aller mélanger les cartes tout seul dans sa chambre avant de les distribuer.**

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