Oui, c’est une défaite politique parce qu’il est acquis maintenant qu’il faut en finir avec le bouclier fiscal, non seulement parce qu’il est injuste mais aussi parce qu’il est économiquement inefficace. S’il n’était pas perçu comme tel, sa suppression n’aurait pas été réclamée par autant de parlementaires de la majorité, des centristes comme des libéraux. On nous dit que c’est la crise qui impose ce revirement. Mais justement, le bouclier devait au départ être une arme pour sortir de la crise en meilleur état. Pour imposer le bouclier, le Président avait invoqué l’Allemagne qui a inscrit le bouclier fiscal dans sa constitution, nous disait-on... Et maintenant pour se débarrasser du bouclier fiscal on ré-invoque l’Allemagne, sans doute pour faire robuste, sérieux, germanique… et figurez-vous que non, l’Allemagne n’a pas de bouclier fiscal dans sa constitution. Invoquer le même exemple pour faire et pour défaire, il fallait y penser, on vient d’inventer l’argument réversible ! Alors pour faire passer ce tête-à-queue, on introduit un élément de cohérence. On supprime le bouclier fiscal mais en même temps on supprime l’ISF ! Il y a fort à parier pour que cette suppression soit comblée par la création d’une fiscalité comparable sur le patrimoine où le capital des plus riches rapporte autant que l’impôt de solidarité sur la fortune…on ne se passera pas de trois milliards. Revenons sur le bouclier fiscal...Oui, le « bouclier » est vite devenu l’un des fleurons du Sarkozysme. Combien de fois Nicolas Sarkozy a dit qu’il était impensable d’y toucher? Dans le Figaro, en date du 15 octobre 2009, il prévenait d’ailleurs : « je ne toucherai pas au bouclier fiscal car je crois au principe selon lequel on ne peut prendre à quelqu’un plus de la moitié de ce qu’il gagne ». « Je crois au principe » dit-il ! On est donc revenu sur un principe, ça donne la mesure du renoncement. Ça donne aussi la mesure de ce qu’est devenue la parole présidentielle qui affirme et renonce avec un même aplomb. Le mot de « bouclier » sent à plein nez le résultat d’étude d’opinion qualitative. Ce terme avait tout pour plaire aux conseillers-oracles en communication de l’Elysée. Ce que l’opinion demande le plus aux politiques, nous dit-on c’est de la « protection »… mais en politique les mots parfois, se retournent, les acceptions changent et il faut y prendre garde. Une société dans laquelle les inégalités s’accroissent (comme c’est le cas en France) ne peut pas prendre le bouclier fiscal pour un objet de protection mais plutôt pour un objet de défense des plus riches ; exit donc le bouclier fiscal et là, il est temps de se demander, plus généralement ce qu’il reste du sarkozysme originel ? Résumons les épisodes précédents. C’est une liste des abandons ou des effondrements : de la laïcité positive à la discrimination positive, de la politique de civilisation à l’immigration choisie, de la république irréprochable au "travailler plus pour gagner plus" en passant par le plan Marshall pour les banlieues. On dirait le jeu des dominos que l’on aligne : vous savez, vous poussez le premier et toute la série chute harmonieusement. Le plus estomaquant reste le ton volontariste et péremptoire, l’absolue certitude affichée, la détermination sans faille qui précèdent généralement ces renoncements spectaculaires. Et là, on est obligé de faire le rapprochement : « Non, on ne bougera pas sur la retraite à 62 ans », énoncé avec un ton catégorique, et une évidence répétée... Que Nicolas Sarkozy ait abandonné le bouclier fiscal le jour même de la manifestation sur les retraites est un formidable appel à la mobilisation puisque les « jamais » et les « toujours » du Président sont à ce point éphémères.

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