Ce matin, la primaire et le concept du « candidat-confiance ».

Souvenez-vous, la semaine dernière, François Hollande était notre invité (c’est vrai, en ce moment on en croque…) et en réponse à votre première question sur les premières mesures de l’éventuel président Hollande, le candidat avait spontanément répondu : la « confiance », je veux rétablir la « confiance », je veux être le candidat de la « confiance »… Mais attention ! Le concept de la confiance, en politique est un faux ami, un allié perfide. Il ne faut pas avoir confiance en la confiance… à chaque fois ça rate. Les candidats de la confiance Raymond Barre et Edouard Balladur n’ont pas réussi à susciter d’élan. Barre et Balladur, voulaient ressembler à un président avant de l’être. La confiance, ils en jouaient, dans leurs attitudes, par leur langage, leur phrasé… Leurs rondeurs un peu « Louiphilipardes » inspiraient confiance. De ce point de vue là, c’est vrai, François Hollande a au moins décidé de ne pas jouer de sa rondeur… D’ailleurs il ne l’a plus beaucoup. Revenons à Raymond Barre en 1988, son slogan c’était justement « Barre-Confiance » ! Erreur de communication, erreur politique tout court, ça faisait un peu « droite molle » si vous voyez ce que je veux dire. François Mitterrand dans le même temps faisait une campagne modèle, basée elle aussi, non pas sur l’audace ou le rêve, à l’inverse de 1981, mais sur une certaine forme de confiance. Seulement, sans jamais prononcer le mot. Il s’agissait pour lui de rassurer après deux années de cohabitations mouvementées menées par un Premier ministre impulsif et énergique, candidat, lui aussi à la présidentielle (oui, parce que pour les plus jeunes, je rappelle qu’il fut un temps où Jacques Chirac était impulsif et énergique). Aujourd’hui ce n’est plus le cas, il inspire confiance et soutient François Hollande. Si François Hollande a fait un moins bon score que prévu dimanche dernier c’est sans doute, en partie, aussi parce que, sur la fin de sa campagne, il a un peu sur-joué la « Hollande-confiance ».

Mais la confiance est une valeur positive ! Pourquoi ce n’est pas un bon argument de campagne ?

C’est un bon argument mais il doit être implicite. On doit inspirer confiance mais ne pas l’invoquer. La confiance est positive mais n’est pas énergique. Elle est nécessaire mais suggère aussi l’immobilisme et même le renoncement. En ce moment il n’y a rien de plus exaspérant qu’un politique qui justifie son action par le fait que la France doit garder la confiance des marchés ou des agence de notations. C’est sans doute nécessaire mais c’est désespérant. Et puis, demander aux électeurs leur confiance avec insistance ça a un coté boa Kaa, qui hypnotise Mowgli dans le Livre de la jungle… Vous savez « aie confiance », avec les grands yeux qui tournent…finalement on se méfie. Face à un Nicolas Sarkozy qui aura été dans l’action, la réaction, la sur-réaction, qui aura entrainé puis un peu effrayé l’opinion par son énergie, la tentation du candidat Hollande pourrait être d’invoquer la confiance, comme il l’a fait jeudi dernier ici même… On lui soumettra alors cette réflexion d’Antoine de Rivarol -c’est vrai je ne vais pas chercher les auteurs les plus recommandables- mais voici quand même ce que le pamphlétaire monarchiste disait sur le sujet : « dans les républiques, le peuple donne sa faveur, jamais sa confiance ».

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