Ce matin, Brignoles et Marseille : Marine Le Pen ou la stratégie de l’alternative.

Oui, une mécanique imparable semble en marche. Quand un candidat FN est opposé à un candidat UMP, l’UMP ne bénéficie quasiment plus d’aucun apport des électeurs de gauche. Trop de droitisation de Nicolas Sarkozy de 2010 à 2012, puis de l’UMP (Copé d’abord, Fillon ensuite) de 2012 à aujourd’hui. La politique c’est aussi une mécanique des fluides, de vases communicants. Le front républicain avait été crucifié lors de la législative partielle de Villeneuve-sur-Lot quand le FN était passé de 26 % à 46 % entre deux tours. Il est enterré ce matin. Rappelons que le front républicain avait fait baisser d’un dimanche à l’autre, l’extrême droite (en pourcentage) lors de l’élection présidentielle de 2002… Rappelons –puisque nous en faisons ici l’oraison funèbre-, que le Front Républicain, ainsi nommé, naquit sous la plume de Jean-Jacques Servan-Schreiber dans L’Express , il y a 57 ans pour décrire le rassemblement hétéroclite de la SFIO, de l’UDSR, des radicaux et de certains gaullistes afin de contenir la vague poujadiste antiparlementariste en 1956. Jean-Marie Le Pen faisait d’ailleurs son entrée au Parlement comme benjamin des députés. Poujade et Le Pen proféraient des insultes antisémites à l’encontre de Pierre Mendès-France. Depuis, beaucoup d’eau, plus ou moins brune et saumâtre a coulé sous les ponts.

On parlait encore de Front Républicain avant Villeneuve-sur-Lot. Pour Brignoles, plus personne n’utilise ce terme !

Oui, à Villeneuve-sur-Lot, en réalité, quand il était brandi c’était déjà un cadavre empaillé ! La droite actuelle est dominée par un discours bien différent de celui de Jacques Chirac en 2002 et le FN de Marine Le Pen, n’est pas celui du père Le Pen, ni de « l’oncle Poujade » ni du « grand-père Pétain ». Le Pen, père et fille, depuis les années 90 tentent de se présenter en alternative au reste de la classe politique. Le père parlait de la bande des 4, UDF/RPR/PS/PC, la fille parle d’UMPS ou, maintenant, (avec ce sens de la formule qui ne saute visiblement pas les générations), de ROM pour Rassemblement des organisations mondialistes. L’échec de Sarkozy consacré par l’élection de François Hollande, l’échec (pour l’instant du moins) de François Hollande consacré par l’inversion de sa seule courbe de popularité, a donc abouti, dans une partielle sans enjeu à 46/54 pour un duel droite/extrême droite. On est loin du vrai rapport de force du pays bien sûr, mais le symbole est fort. Face à cette montée en puissance aucun argument ne semble plus marcher. La gauche a promis et elle est à l’œuvre sans résultat, donc elle est inaudible… et l’UMP, (puisqu’elle se refuse à réaliser le vrai travail d’inventaire de ses années de pouvoir) reste plombée par un imparable « que ne l’aviez-vous fait ces dix dernières années » dès qu’elle avance une idée. Le désarroi gagne tout le monde… Jean-Luc Mélenchon, qui s’est sûrement étranglé il y a un mois, en entendant François Fillon dire qu’il choisirait le moins sectaire entre un PS et un FN, en était, la semaine dernière sur notre antenne à ne plus vouloir choisir entre le FN et l’UMP! Quand à Jean-François Copé, il en été réduit hier soir à faire cette analyse totalement années 80 « le FN a gagné -dit-il- à cause de la gestion désastreuse du maire communiste de la ville ». La « divine surprise » de Brignoles, comme dit le candidat FN victorieux (sait-il seulement qu’il cite une expression de Maurras ?) est servie à Marine Le Pen avec un magnifique papier d’emballage (et un ruban doré) fourni par les socialistes Marseillais. En singeant, hier, le ridicule de l’élection du président de l’UMP, ils valident un peu plus la théorie de l’UMPS.

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