Le prix Nobel d’économie est attribué à Jean Tirole, un Français !

Oui, on a toujours tendance à penser, quand un prix Nobel est attribué à un Français, qu’il est aussi pour la France. Ce matin, je me sens un peu meilleur en maths, depuis que ce polytechnicien matheux a été distingué… Un peu comme on dit « on a gagné » quand l’équipe de France de foot gagne et « ils ont perdu » quand elle perd. En plus, prix Nobel d’économie, vu nos performances dans le domaine… c’est un peu comme si on attribuait le prix Nobel de gastronomie à un Polonais (je ne sais pas si vous avez déjà dîné en Pologne)… Plus sérieusement, Jean Tirole ne revendique publiquement aucune appartenance politique. Son domaine de recherche est basé sur l’acceptation du capitalisme tout autant que sur les voies et moyens de le réguler en douceur, de le doser, d’ajuster, dans le détail, les mécanismes du marché pour le rendre à la fois plus efficace et bénéfique pour le plus grand nombre. Ce que dit Emmanuel Macron, quand il parle de la réforme du marché du travail ou de l’assurance chômage, fait écho aux travaux de Tirole. Plus à gauche on verra dans ce prix la consécration d’une pensée furieusement « mainstream », d’un incubateur soft du capitalisme.

De quoi alimenter le débat à gauche sur la nature et le rythme des réformes.

Oui, c’est d’ailleurs un débat que veut forcer Emmanuel Macron. La façon dont le ministre de l’Economie parle des réformes, sans sur-moi socialiste mais tout en se revendiquant fortement de gauche, rebat les cartes dans ce camp. Le ministre de l’Economie explique, par exemple, que les droits formels de ceux qui ont un emploi stable ne les protègent plus vraiment mais empêchent ceux qui sont en dehors du système d’y rentrer. Que ce soit la nature du contrat de travail, les seuils sociaux ou les normes strictes qui régissent les professions protégées comme les notaires ou les pharmaciens. S’attaquer aux droits formels pour rétablir des droits réels, faire du sur-mesure, du cas par cas, du branche par branche, sans autre modèle préconçu que la recherche d’efficacité et de justice. En finir, donc, avec toute idée de lutte des classes ! Ce débat, très vivant dans la gauche économique, a du mal à s’installer dans la gauche politique, parce qu’il reste, au PS, une forme de rêve d’alternative au capitalisme. C’est compréhensible mais c’est contradictoire avec les 17 années que les socialistes ont passées au pouvoir depuis 1981. Et singulièrement, les 15 ans de gestion du capitalisme, donc d’acceptation du marché (dans les faits mais jamais dans les mots) depuis le tournant de la rigueur en 1983. Il y a, dans l’ampleur de la disgrâce qui s’abat aujourd’hui sur François Hollande, une part de ce grand malentendu, de ce hiatus entre le dire et le faire de la gauche au pouvoir. Puisque la gauche n’arrive pas à théoriser une offre alternative au capitalisme, les travaux, à la fois théoriques et pragmatiques, de Jean Tirole peuvent être des instruments qui lui permettraient de réaliser un acte d’honnêteté politique minimum : joindre les actes à la parole.

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