Le débat de hier soir… Alors ?

De bonne tenue mais de faible intensité. Chacun semblait avoir peur de lui-même plutôt que des autres. Le débat de la primaire de la droite et du centre était plutôt, compte tenu de la tonalité générale, le débat de la droite et de la droite, avec des candidats, les pauvres, en apnée, corsetés dans des temps de parole (forcément, à 7) très contraints. Avec un survol technocratique des sujets économiques, digne d’un colloque de directeurs d’administration

fiscale avec, sur les questions de laïcité et d’immigration, un fatras conceptuel (entre assimilation gauloise, diversité intégrationniste) qui ne permettait plus de distinguer grand-chose sur ces sujets sur-rabâchés depuis des mois. Les électeurs de droite ont pu au moins constater que -petites pics sur les questions judiciaires mises à part- leurs représentants savaient débattre entre eux et se respecter. Ce n’est pas si mal. Les quelques électeurs de gauches qui ont tenu le choc et sont restés jusqu’au bout ont pu vérifier, eux, que gauche et droite…finalement ce n’est pas si équivalent que ça… dans le discours pré-électoral, du moins. Je dois dire qu’en dehors du souci un peu malsain mais divertissant de guetter le body langage de chacun pour saisir, dans les plans de coupe, les signes d’agacement, les impatiences, les colères contenues des uns et des autres, je me suis un peu embêté…

Mais si l’on fait la revue d’effectifs…chacun des candidats avait à perdre et gagner dans cet exercice.

Oui, les deux favoris, Alain Juppé et Nicolas Sarkozy, avaient à prendre garde de ne pas commettre de faute pour garder leur position. Ils n’en ont pas commis. Nicolas Sarkozy faisait des efforts surhumains et touchants pour avoir l’air de trouver naturel de se retrouver là, à devoir partager son temps de parole avec ses 6 concurrents, ne pouvant pas profiter de la stature que devrait lui conférer ses anciennes fonctions. Sa position d’ancien président était parfois même embarrassante, le forçant à perdre un temps précieux à se justifier. Alain Juppé a profité à plein (privilège du favori qui a de bonnes chance d’être celui qui va distribuer les postes dans 8 mois)… de n’être critiqué par personne à aucun moment, sauf une fois par Bruno Le Maire, sans conséquences. Bruno Le Maire, avec sa technique qui consiste à faire précéder une proposition assez classique d’un « le renouveau c’est », a pu marteler qu’il voulait incarner… le renouveau. François Fillon était lui-même dans le registre sérieux, radical et sage à la fois. JF Copé, très à l’aise et très droitier, a distribué quelques légers bourre-pifs. NKM a réussi à bien occuper la niche (dans le camp conservateur, c’en est forcément une), la niche moderniste. Et puis Jean- Fréderic Poisson, que tout le monde découvrait, est apparu comme, paradoxalement, le plus présidentiel… c’est-à-dire prenant de la hauteur, solidement installé sur un corpus doctrinal, social et parfois humaniste, très conservateur mais cohérent. Au total ce débat ne contenait pas de quoi faire évoluer les rapports des forces… Il ne fera pas date. Et donc mécaniquement, c’est une bonne nouvelle pour Alain Juppé… qui était le grand bénéficiaire de la situation de la droite et du centre avant cette confrontation neutre.

Mots-clés :
Suivre l'émission
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.