**Dans votre édito ce matin : la taxe carbone… Vous trouvez qu’il y a encore des choses à dire sur le sujet, Thomas ??? Ça justement ! Le fait que l’on considère que le débat est derrière nous ! Le Président a décidé, il a consulté (déjà ça c’est fait dans cet ordre étrange : décision-consultation), puis il a annoncé ! La taxe carbone est instituée, elle sera de 17 centimes par tonne de CO2. On ne s’embarrasse pas du conditionnel, c'est-à-dire de l’Assemblée Nationale ! Parce que, on en a perdu l’habitude mais ce n’est pas du tout comme ça que ça devrait se passer. Cette taxe, comme toutes les taxes, comme toute la politique budgétaire doit être fixée dans le cadre de la loi de finance par le Parlement. L’article 34 de notre constitution définit le domaine de la loi et la politique budgétaire c’est le cœur même du rôle du pouvoir législatif. Ce n’est pas faire preuve d’un excès de formalisme que de réaffirmer ce qui est une évidence dans toute société démocratique. Lever l’impôt revient aux représentants du peuple. On peut d’ailleurs s’étonner que Jean-François Copé, le Président du groupe UMP, et qui se targue de vouloir mettre en place un « hyper parlement », ne soit pas vent-debout en constatant que tout parait déjà décidé avant même que les députés se soient penchés sur la question. Les modalités, le taux, les compensations…tous les détails qui font l’essentiel d’une mesure budgétaire devraient se discuter en commission parlementaire et se décider en séance après un débat. Tout se passe comme si l’on ne pouvait absolument pas attendre quelques semaines que les députés aient tout simplement fait leur travail. Nous y revoilà avec la question du rythme des réformes…Oui, on en parle souvent. Et nous avons, avec cette taxe carbone un exemple parfait du tourbillon étourdissant dans lequel notre vie politique est entrainée. Il y a deux rythmes incompatibles mais dont la confrontation n’est pas forcément néfaste. Le rythme médiatique et le rythme politique. Le rythme médiatique est fait de débats rapides, de témoignages, d’événements, de commentaires plus ou moins fouillés et plus ou moins divertissants. Il se nourrit des multiples émissions, de débats de spécialistes, de journalistes et d’hommes politiques, il se nourrit aussi des humoristes. Il brasse souvent l’écume des problèmes. Mais ce débat, rapide et polémique est aussi utile ! Il rend accessible des sujets ardus, il popularise des questions qui doivent sortir du champ des spécialistes. Il est vulgarisateur et pas forcément vulgaire. Mais ce n’est pas le débat politique. Il est parallèle et surtout il n’est pas censé se dérouler au même rythme. Le débat politique est lent ! Il doit prendre en compte toutes les évaluations, doit passer par les commissions parlementaires, l’Assemblée, le Sénat puis encore l’Assemblée s’il le faut. C’est long parce que c’est démocratique. Les hommes politiques devraient avoir la force de caractère de ne pas céder à notre rythme, au rythme que NOUS imposons. Nous, les médias. Ce n’est pas à nous de ne pas l’imposer, c’est au politique de ne pas y céder. Les deux rythmes peuvent vivre ensemble. Mais il se trouve que Nicolas Sarkozy (par stratégie de pouvoir ou par pure impatience) raisonne plus au rythme médiatique qu’au rythme politique. Seulement nous irons –nous les médias- toujours plus vite que lui parce que nous n’avons pas les mêmes contraintes. Nos débats, sur des sujets équivalents, n’ont pas le même objet. Vous connaissez les courses de lévriers ! Le Président se retrouve dans la position du lévrier qui court pour rattraper le lapin en plastique sur le rail devant lui et qui va forcément un tout petit peu plus vite que lui. Mais ça pose un petit un problème démocratique parce que pour espérer rattraper le lapin médiatique le Président mène une politique d’annonces effrénées qui le poussent à "squeezer" les étapes normales, institutionnelles de la fabrication du droit.**

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