Oui, on parle bien sûr de ce document rédigé, en juillet, par le directeur de cabinet du ministre de l’intérieur : « 300 campements ou implantations illicites devront avoir été évacués d’ici trois mois, en priorité, ceux des Roms ». Cette phrase écrite sur un papier à entête de l’effigie de Marianne est insupportable pour la plus grande partie du monde politique, à gauche mais aussi à droite... Il ne manque rien : le délai, l’objectif chiffré et le type, l’ethnie des personnes visées. On n'est plus du tout dans la pratique d’une politique rigoureuse mais légale qui ne serait simplement entachée que par une communication outrancière. Ce texte, c’est une politique et c’est une politique qui dérape… On ose espérer que ce n’est qu’un dérapage, une maladresse d’un inculte de la république, le fait d’un collaborateur bas de plafond. « Il ne faut pas laisser les intellectuels jouer avec les allumettes » disait Prévert, à la lecture de la circulaire on a envie de paraphraser le poète : « il ne faut pas laisser les ministres jouer avec les critères ethniques ». Brice Hortefeux avait déjà commis cette faute en l’enrobant d’une fine couche de légalité qui laissait quand même présager la sortie de route quand il a rendu publique les chiffres de la délinquance, non pas des Roms mais des Roumains. Cette fois-ci, sans rien dire, un peu honteusement le ministre a donc réécrit hier la circulaire, sans critères ethniques, pour la mettre en conformité avec les lois françaises et européennes... et tout simplement avec les droits de l’Homme. Mais avant cela, Xavier Bertrand déclarait que cette circulaire traduisait la politique du gouvernement...Ça s’appelle le zèle du godillot, la foi du charbonnier, c’est dit avec aplomb et bien sûr c’est démenti dans la foulée, c’est presqu’admirable ! Si vraiment il approuve la circulaire en question, le patron de l’UMP n’a plus de raisons de refuser à Marine le Pen les accords électoraux qu’elle réclame ! La circulaire est l’aboutissement d’une formidable confusion idéologique. La dénoncer n’est pas une pudibonderie bienpensante, on peut parler ethnie dans notre pays, (le débat qui va suivre ici, dans cinq minutes en est la preuve). En fait, nous assistons à une sorte de fuite en avant. Ces méthodes de surenchère se nourrissent de leur inefficacité. Ça ne marche pas alors il faut en faire encore plus ! Et ce fut le discours de Grenoble de Nicolas Sarkozy avec l’affirmation bien soulignée selon laquelle l’immigration et l’insécurité étaient liées (ce qui est ni vrai ni faux, simplement incomplet). Mais à force d’en faire plus on en arrive à faire de la vraie discrimination. Il faut dire que les Roms font un sujet parfait. Tout le monde les voient, tout le monde a déjà été agacé au feu rouge par des gamins qui veulent nettoyer le pare-brise. Rom ou pas rom, on n’en sait rien, la plupart des gens ne font pas la différence entre tzigane, roumain, rom, gens du voyages… mais c’est vécu comme une nuisance par le plus grands nombre. S’occuper (entre guillemets) du problème Rom c’est s’occuper, en réalité d’un tout petit problème mais d’un tout petit problème très visible. Et voila comment d’une politique de communication (faire bruyamment quelque chose de très visible pour faire croire qu’on agit) on en arrive à cette circulaire hors-la-loi. Pour des raisons électoralistes nous risquons de passer –sinon d’une politique- au moins d’un discours que l’historien Michel Winock appelle de "nationalisme ouvert" façon de Gaulle à un discours de "nationalisme fermé" façon Barres.

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