A la veille du premier débat des primaires, vous revenez sur une fracture ancienne au sein du PS qui semble réapparaitre…

Oui et c’est une fracture politique, un débat idéologique de fond qui ne semble pas être vraiment réglé au parti socialiste alors que, ces derniers temps, on avait pu avoir l’impression que le PS avait unifié sa position. Il s’agit bien sûr de la politique économique et de la nécessité absolue, ou non, d’équilibrer les comptes de la Nation. La tournure de la campagne menée par Arnaud Montebourg et le livre de l’un des soutiens les plus puissants de Martine Aubry, Benoît Hamon, ravivent cette fracture ancienne. On a pu s’en rendre compte, lundi, lorsque Benoît Hamon était invité à France Inter, à 8H20. Après avoir dénoncé, en termes choisis, l’orthodoxie du discours des principaux candidats à la primaire le porte-parole du PS avait reçu une série de coups de fils de camarades qui lui reprochaient ses positions trop à gauche. Il est vrai que les principaux ténors de la primaire, Hollande, Aubry, Royal sont d’accord pour tenir sur la crise, peu ou prou, le discours suivant : il faut maîtriser avant tout les dépenses publiques pour atteindre 3% du déficit en 2013. Mais, attention, ne pas se précipiter dans une politique d’économie trop drastique, pas d’austérité qui briserait la croissance ! Ce discours en forme de quadrature du cercle est aussi celui du Dominique Strauss-Kahn d’avant (vous vous souvenez le DSK des pages économiques et politiques, pas des pages faits-divers). Ce discours, dit raisonnable, permet d’ouvrir un éventail, il offre la possibilité d’afficher des nuances. Quelles priorités, quelles économies, quelles nouvelles tranches d’impôts, sur qui faire porter la pression fiscale ? À gauche de la gauche, il y a Jean-Luc Mélenchon et le PC qui parlent de changer le système, rompre avec le capitalisme ; ils n’ont pas la même analyse des déficits, du dictat des agences de notation et veulent sortir d’une logique qui nous a conduit là où nous en sommes. Ce qui est nouveau, c’est qu’une partie du PS, à la faveur de la crise, a retrouvé ce camp des radicaux alors qu’une autre partie, plus importante, représentée notamment par François Hollande, a endossé les habits de « père la rigueur » de gauche. C’est précisément ce positionnement au centre gauche, promoteur d’une sorte de rigueur juste qui fait le succès du député de Corrèze, dans les sondages au moins.

Ce débat chez les socialistes constitue-t-il un danger, pour eux, en vue de 2012 ?

Non au contraire : le PS de Hamon à Hollande se réunira sur une tribune après la primaire. Sa base politique sera ainsi plus large et plus efficace mais une fois au pouvoir, si la gauche gagne, il faudra bien que la question soit tranchée, et il faudra bien que les tenants de la ligne qui aura perdu acceptent la politique du vainqueur parce que, ce qui marche dans l’opposition (la coexistence de deux conceptions de l’économie dans un même parti), ne fonctionne plus, une fois au pouvoir où une seule politique doit être menée. Donc le tableau politique qu’offre le PS aujourd’hui est certainement efficace pour gagner les élections mais beaucoup moins pour gouverner… Entretenir trop longtemps ce débat interne pour des raisons électorales constitue une forme de malhonnêteté intellectuelle. Tout dépendra de l’autorité naturelle dont fera preuve le vainqueur de la primaire. En réalité, et au-delà des péripéties électorales, le PS subit la grande mue incertaine de la social-démocratie. Cette mue identitaire n’est pas achevée d’autant qu’elle concerne finalement l’ensemble du modèle social français.

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.