Au lendemain de la fête de l’Huma, vous vous interrogez sur la gauche radicale. Pour l’instant, en France rien ne frémit contrairement à ce qui se passe dans beaucoup d’autres pays européens…

Oui, ce weekend, Jeremy Corbyn, de l’aile gauche du parti travailliste, a été désigné à la tête du Labor… et en France, pendant ce temps, le Front de Gauche apparait, encore une fois,

divisé et affaibli. L’opposition de caractères entre un JL.Mélenchon éruptif, imprévisible et charismatique, et un Pierre Laurent, collectif, réfléchi, et un peu terne, n’explique pas tout. La fête de l’Huma est toujours une belle fête, L’Humanité peut titrer ce matin « le peuple de gauche a du ressort »…mais dans le pays, ça ne prend pas. La crise dynamise plutôt l’extrême droite. Syriza, Podémos, Bernie Sanders (le démocrate socialiste du Vermont), et maintenant Jeremy Corbyn en Angleterre, ne trouvent pas d’équivalent chez nous.

Pourquoi ça ne prend pas en France alors?

Avant l’apparition de Bernie Sanders aux Etats-Unis et Jeremy Corbyn en Angleterre, l’analyse dominante décrivait le FG encrouté dans des structures partisanes classiques, avec des leaders (professionnels de la politique) incapables de faire émerger un mouvement social venu de la base, comme Syriza et Podemos. Mais Corbyn et Sanders démontent cette analyse. Ce sont d’anciennes figures politiques et universitaires, âgées, pas exactement l’incarnation de nouvelles forces venues du terrain et de la jeunesse. L’explication de l’atonie de la gauche dure française est donc ailleurs. Il faut sans doute revenir à la vieille distinction entre le parti de l’ordre et le parti du mouvement. La gauche, d’ordinaire, c’est le parti du mouvement, des conquêtes et de la transformation sociale. Or, aujourd’hui, il ne s’agit plus pour la gauche radicale française de conquérir de nouveaux droits (on n'en est plus là). La question, c’est déjà d’empêcher le « détricotage » de la République sociale, de notre modèle issu du programme du CNR de 1945. Les gauches espagnoles, grecques, anglaises et américaines évoluent dans un libéralisme économique ultra-dominant depuis des décennies. Le modèle social y est soit limité, soit détruit. Il est à réinventer ou à conquérir : ce qui fait de Podemos, Syriza, Corbyn et Sanders, le parti du mouvement. En France, avec son capitalisme tempéré par un Etat fort et la sécurité sociale, en Allemagne avec son capitalisme rhénan et sa tradition du compromis, l’Etat providence est toujours là, affaibli, fragilisé… mais c’est toujours notre modèle. Les gauches n’en sont pas à le conquérir mais à le conserver. Et conserver, normalement (c’est marqué dessus), c’est le boulot des conservateurs. Le conservatisme n’est pas un carburant efficace pour la gauche. Quand la gauche française aura vraiment fait sa mue, par exemple écologiste (et pas simplement une écologie de conservation), quand elle arrivera à offrir la perspective d’une autre forme de progrès que celui sur lequel elle s’est construite, c’est-à-dire le productivisme industriel, elle pourra se présenter de nouveau comme le parti du mouvement, le parti qui veut inventer une autre société. L’obsession de la conservation sociale, qui apparait toujours comme le meilleur rempart aux inégalités, pour l’instant, l’en empêche.

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