Ce matin la portée historique de la reconnaissance par le président de la responsabilité de l’Etat dans la torture et la mort de Maurice Audin.

La portée historique est comparable à la reconnaissance par Jacques Chirac de la responsabilité de l’Etat dans la déportation des juifs pendant la guerre, sans pour autant être de même nature. En prononçant son discours de Juillet 1995, Jacques Chirac faisait évoluer une doctrine historique. En effet pour ses prédécesseurs la vision gaullienne prévalait : la France n’était pas responsable de la déportation des juifs puisque Vichy ce n’était pas la France ! La France était à Londres... cette conception juridique spécieuse, pouvait, dans l’immédiat après-guerre, rassurer les français... Mais elle était historiquement absurde. Vichy a été institué par un vote de l’assemblée nationale à une écrasante majorité, l’ensemble de l’appareil d’Etat s’est mis -à de rares Jean Moulin près- au service de l’occupant, notamment dans sa volonté de déporter les juifs. Mais personne, bien sûr ne mettaient en doute la réalité des faits : la déportation. Il n’y avait pas de mensonge officiel, simplement une défausse de responsabilité. La France officielle ne disait pas « ça n’a pas existé » elle disait « ce n’est pas de ma faute ». Jacques Chirac a donc ajusté mémoire et responsabilité.

  • Ce n’est pas ce que fait Emmanuel Macron ?

Non, Emmanuel Macron, lui, met fin à un mensonge d’Etat (là, pour le coup, la France disait : ça n’a pas existé)... Il rétablit une vérité historique qui était niée par l’Etat. D’ailleurs longtemps la France officielle ne parlait pas de «guerre d’Algérie» mais «événements». Michel Rocard, 1er ministre, aura été le 1er haut responsable gouvernemental, en 1990, à reconnaître que, oui, il s’agissait bien d’une « guerre » en Algérie ! Par son texte d’hier, adressé à Madame Audin, Emmanuel Macron reconnaît même que la France a fourni une base légale à la pratique de la torture à grande échelle, à l’élimination de prisonniers, en donnant aux militaires les pleins pouvoirs en Algérie en janvier 1957. Voilà pourquoi cette reconnaissance va très lion. Il est désolant d’avoir dû attendre l’arrivée à l’Elysée du 1er président né après l’indépendance de l’Algérie pour que la France sorte du mensonge et de la manipulation historique. Le discours de Jacques Chirac c’est 51 ans après la rafle du Veld‘hiv, la lettre d’Emmanuel Macron c’est 61 ans après la disparition de Maurice Audin ! La France est particulièrement lente quand il s’agit de se mettre au clair avec elle-même, s’agissant de ses fautes et ses crimes. Il se trouve toujours des politiques, des intellectuels pour déplorer l’excès de repentance. Seulement là, il ne s’agit pas de la couleur à donner à des événements mais de vérité. Il y a déjà assez de complotisme, de suspicions en tous genres, entretenus par les professionnels de la victimisation, pour continuer à nous mentir à nous même sur notre histoire. Le geste d’Emmanuel Macron dépasse, de loin le pardon de l’Etat adressé à la famille Audin... Avec aussi l’ouverture des archives au sujet des disparus, des torturés, des assassinés... ce geste réconcilie vérité et histoire officielle, et renforce ainsi la parole de la France en général sur la question des droits de l’homme.

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