Dans une tribune publiée hier dans le JDD, 70 maires et élus (écolos, socialistes, insoumis) réclament un moratoire sur le déploiement de la 5G en France. Nouvelle querelle des anciens et des modernes ?

Pro et anti 5G : qui a raison, qui a tort ?
Pro et anti 5G : qui a raison, qui a tort ? © AFP / Lionel BONAVENTURE

D’abord réjouissons-nous : le débat est enfin au bon niveau ! Après une semaine de perdue pour savoir si le Tour de France est machiste ou si Bordeaux mérite encore d’avoir un sapin, mort par définition, pour Noël.

Avec la 5G, c’est toute la société et son modèle à court terme que les pétitionnaires interrogent. Sans agressivité, ni archaïsme… Demander un moratoire, en diplomatie, permet aux parties adverses de réfléchir pour éviter l’escalade. Car rien ne serait pire, pour l’exécutif, que d’en faire un nouvel affrontement entre écologie soit-disant "raisonnée" et décroissants forcément déraisonnables, « rabat-joie » ou « punitifs » comme disent les ministres sur les plateaux télé.

Derrière l’écume, quels sont les enjeux ? 

Emmanuel Macron a fait confiance à la convention climat, et les 150 citoyens tirés au sort ont conclu à la nécessité d’un moratoire. Le Président a écouté, mais il a enjambé la recommandation. Le calendrier reste inchangé : lancement des enchères pour attribuer les fréquences dès la fin du mois, avec déploiement commercial espéré dès la fin de l’année. Le gouvernement plaide l’urgence économique ! La France est en retard en Europe, et très en retard sur l’Amérique et l’Asie. Il ne faut pas rater le train de la compétitivité, surtout quand l’économie est en crise. Télétravail, télémédecine, agriculture connectée, « la 5G est indispensable pour rentrer dans l’économie du 21ème siècle », s’alarme le conseil national du numérique, qui éclaire le Président sur le sujet. Et il ajoute : « Le gouvernement ne doit plus délaisser la science. »

Ce qui fait des signataires de la tribune des ennemis du progrès ? 

Dans cette rhétorique simpliste oui. Or, le principe de précaution, que l’on ne doit pas à un fou furieux de l’écologie, mais à Jacques Chirac, permet de se poser les bonnes questions. Une antenne 5G transmet 10 fois plus de datas qu’une antenne 4G. Oui, mais plus vous consommez de données (et les usages induits par la 5G vous en feront consommer plus), et plus vous gaspillez d’électricité. Et qu’est-ce qu’on fait des vieux appareils 4G, obsolètes car non compatibles ? Combien de smartphones à la poubelle ! Et la 5G pour faire quoi ? « Plus de porno et de pokémon Go en réseau », taclent les écologistes Eric Piolle et Julien Bayou. 

Viennent ensuite les inconnues sanitaires, même si rien ne prouve que l’exposition aux ondes soit plus dangereuse que pour la 3 ou 4G. Enjeu démocratique, enfin : pourquoi déployer cette technologie, alors que tout le territoire n’est même pas encore passée à la 4G. Risque sérieux d’aggravation de la fracture numérique.

En tout cas, moratoire ou pas, les maires réfractaires sont prévenus. Depuis une décision du conseil d’Etat en 2011, ils n’ont pas le pouvoir de s’opposer à l’implantation d’une antenne relais sur leur commune. 

Avant d’en arriver à des cas de désobéissance civile, il est donc urgent pour le gouvernement de partir à la rencontre de ces 70 pétitionnaires, élus, et qui administrent certaines des plus grandes villes de France, et qui ont fait campagne sur ce moratoire. Car les traiter de « sectaires », comme l’a fait hier le ministre Franck Riester, n’est pas non plus un grand signe d’ouverture de la part de ceux qui se réclament du « progressisme ». Jean Castex se revendique comme le Premier ministre des territoires, Emmanuel Macron a été le Président du grand débat… Sceptiques, pro ou anti 5G : dans "l'archipel français", attention à tous bien rester connectés !

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