Silvio Berlusconi triomphe, Walter Veltroni échoue. En France, la nouvelle situation politique italienne va beaucoup faire réfléchir, à gauche comme à droite. "Il faut arrêter de se faire hara kiri ! La gauche doit faire son autocritique en profondeur, sinon nous sommes foutus ! " Qui parle comme ça ? François Hollande, Bertrand Delanoë, Ségolène Royal ? Non, l'italien Dario Fo, le prix Nobel de littérature. C'était dans l'hebdo "Marianne" en février dernier. Ces mots, la gauche française pourrait les reprendre à son compte et elle analysera très lucidement, on l'espère pour elle, l'échec de Walter Veltroni. Sans se cacher, on l'espère encore, derrière la diabolisation d'un Silvio Berlusconi, qui, après tout, a joué une partition très classique des droites européennes : baisse des impôts, sécurité, immigration, mise en scène par le personnage lui-même : fanfaron, sûr de lui, bateleur, jouisseur assumé de tous ce qui symoblise aujourd'hui le pouvoir : média, argent, look et luxe. Silvio Berlusconi aura donc eu raison du consensuel Walter Veltroni, dont la désignation par 3,5 millions de votants dans ces primaires à l'italienne, vantées aujourd'hui par beaucoup de socialiste francais, dont la désignation et le discours de centre gauche, modéré, avait provoqué un grand espoir dans une Italie en pleine panade économique et politique. Le premier enseignement de l'histoire, c'est qu'on ne gagne pas une campagne sur les valeurs face à un adversaire comme Berlusconi, une campagne la main sur le coeur. Le "Barack Obama" italien, comme il se présente lui-même, n'a pas convaincu malgré la bonne tenue de son programme économique, sur le thème de la réforme face à battling Berlusconi. En 2007, Ségolène Royal et le PS n'ont pas résisté non plus à la broyeuse Sarkozy. A Charléty, on se donnait la main, pendant qu'à Bercy, on liquidait mai 68. On connait la fin de l'histoire. Second enseignement : La division mène inévitablement à la défaite. Et même si Walter Veltroni a su émerger et partir en solitaite, il n'a pas eu le temps de se débarrasser de l'image abimée de la coalition Prodi, une coalition malmenée pendant près de 2 ans par son aile gauche, qui aura, en partie, fait le travail pour Berlusconi. Aujourd'hui, les arcs en ciel, communistes et verts, le paient très cher, ils disparaissent quasiment de l'échiquier. La résonnance est évidente en France où le manque de temps et l'impossible cohésion sont en partie responsables de la défaite à la présidentielle. Et si le scrutin italien a la vertu d'avoir rétabli le bipartisme, centre-droit face au centre-gauche, si Walter Veltroni fait mieux que prévu et peut s'installer comme leader durable, il renvoie le PS francais à la seule question qui vaille : que signifie être socialiste au 21ième siècle ? Quant à la droite, on sablera certainement le champagne à l'Elysée, mais discrètement. Si Sarkozy 1 ne cachait pas son admiration pour le style Berlusconi, au point de passer des vacances avec lui dans sa somptueuse propriété de Sardaigne. Si les 2 hommes ont en commun un goût de la provocation et de tout ce qui brille, pas sûr que Sarkozy 2, mis à la diète " bling bling " par l'opinion elle-même, pas sûr que le chef de l'Etat manifeste plus que de raison sa joie de voir revenir au pouvoir son ami Berlusconi. Question d'image, de temps médiatique, parce que sur le fond, les thèmes politiques sont les mêmes, à une différence près et elle est de taille : Berlusconi est avant tout un homme d'affaire qui a fini par faire de la politique. Nicolas Sarkozy est avant tout un homme politique qui finira, il le dit lui-même, par faire des affaires. Une chronique de Françoise Degois .

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