C’est un débat éthique, médical, philosophique, religieux pour certains mais aussi un débat effectivement politique. Parce qu’au moment où une nouvelle possibilité technique et médicale apparaît il y a des libertés et des limites à fixer. Même si chacun est responsable, chaque médecin ou chaque couple concerné, seul l’Etat par le truchement du législateur peut définir ces limites. La gestation pour autrui est légale en Angleterre ou en Grèce, elle est tolérée dans certains cas aux Etats-Unis. En France, en revanche, elle est illégale, mais en juin dernier un groupe de sénateurs a rendu un avis favorable à la légalisation de la pratique des femmes porteuses. On peut constater, au passage, qu’à chaque fois qu’il y a un débat éthique de cette nature nos clivages traditionnels droite-gauche ne veulent plus rien dire. Sur le sujet des femmes porteuses, deux personnalités animent plus particulièrement le débat en ce moment. D’un coté la philosophe Sylviane Agacinsky, plutôt classée à gauche et de l’autre la Ministre déléguée, chargée de la famille. Nadine Morano, figure de l’UMP et catholique revendiquée. Ces deux femmes développent des arguments opposés. L’une, la philosophe, craint que la légalisation de la pratique des femmes porteuses aboutisse à ce que le corps de la femme devienne le lieu d’un commerce d’enfant. Nadine Morano, en revanche veut répondre à la souffrance et la frustration des femmes qui ne peuvent pas porter un enfant pour des raisons médicales et autoriser, sous certaines conditions la gestation pour autrui. C’est un débat politique, aussi parce qu’il est peut être question d’un marché. En France ou l’on considère, plus qu’ailleurs, plus que dans le monde anglo-saxon en tout cas, qu’il faut limiter le champ du marché, les questions éthiques, quand il s’agit du corps et de la santé se déclinent souvent par ces interrogations : Qu’est-ce qui se vend et s’achète, qu’est-ce qui doit être mis hors marché par la loi ? Bien sûr, les promoteurs de la légalisation de la pratique des femmes porteuses estiment généralement que porter un enfant pour une autre femme est une aventure humaine qui doit rester désintéressée. Un don. Comme on donne son sang ou son lait maternel. Tous le monde est d’accord pour maintenir cette activité hors marché. Pour les sénateurs qui ont travaillé sur la question, seule une loi autorisant la pratique des mères porteuses avec un encadrement très strict peut protéger contre la marchandisation clandestine du ventre des femmes. Ceux qui, en revanche, s’opposent à l’autorisation de la gestation pour autrui, ne croient pas qu’elle puisse échapper au marché, même par une légalisation très contraignante. Pour eux, la légalisation vaut légitimation. Une légitimation qui permettra, à terme, à certaines femmes qui ne veulent pas porter leurs enfants pour des raisons physiques ou professionnelles de payer d’autres femmes pour le porter à leur place ? Sylviane Agacinski explique que même le don du sang ou du lait maternel n’échappent pas au marché. C’est le paradoxe du marché du don. Il faut bien transformer, conditionner et distribuer le sang ou le lait. Cela a un coût. Des entreprises s’en chargent et font nécessairement des bénéfices. Dans le cadre du sang ou du lait, il s’agit d’une obligation médicale souvent vitale, dans le cas du marché du ventre il s’agit de créer une demande nouvelle. Le risque pointé par la philosophe fait face à la responsabilité de ceux qui, comme la Ministre de la famille, veulent répondre à la souffrance provoquée par la stérilité utérine. Le débat est posé.

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