Par Marc Fauvelle.

Le gouvernement accélère sur le mariage pour tous : le texte fera finalement son retour dès cette semaine à l'Assemblée, avec plus d'un mois d'avance sur le calendrier. Mais… c'est un pari risqué.

La décision de l'Elysée a été vécue comme un coup de force par les opposants au texte. Une provocation, alors que l'adhésion à cette réforme semble en recul dans l'opinion… Prenez par exemple la dernière enquête BVA : désormais une majorité de Français, 55%, est hostile au mariage et à l'adoption par les couples du même sexe. Ce n'est qu'un sondage, mais il confirme une tendance. Chez les partisans du mariage gay, certains ont l'impression que le combat, finalement, est déjà gagné, et qu'il est temps de passer à autre chose, à commencer par le chômage. Et chez ses adversaires, c'est l'inverse, la lenteur du processus parlementaire, et l'affaiblissement de François Hollande, leur donnent des ailes. En tout cas, le Président prend un risque, D’un côté il coupe l'herbe sous le pied des manifestants qui avaient prévu un grand rassemblement le 26 mai, mais de l'autre, il donne l'impression aussi de céder à la panique des sondages, de la rue et de l'opposition. Son erreur, peut-être, c'est d'avoir été trop droit dans ses bottes dans cette affaire, lui qu'on dit souvent trop souple. Il n'a reçu les opposants qu'une seule fois, quinze minutes entre deux portes, là où il aurait pu jouer les présidents rassembleurs ou du moins en donner l'impression.

La droite, elle, n'est pas en reste… Quand Christine Boutin parle d'une menace de guerre civile (rien que ça !) quand le député Hervé Mariton évoque un « coup d'état législatif » (on s'attendrait presque à voir les chars débarquer de bon matin à France Inter), tout cela encourage la frange la plus virulente et parfois violente des manifestants. Elle est pour l'instant ultra-minoritaire, heureusement, et il faut souhaiter qu'elle le reste.

La droite aurait-elle vraiment à gagner dans cette radicalisation des anti-mariage pour tous?

Elle a surtout beaucoup à perdre, d'abord parce que ce mouvement lui échappe en grande partie. Il ne faut pas oublier que ce sont des associations, des familles, qui l'ont initié. L'UMP n'a fait que prendre le train en marche. Ensuite, il y a aujourd'hui un vrai risque de durcissement. On voit bien d'ailleurs que certains à l'UMP comme Laurent Wauquiez hésitent à manifester de nouveau, par crainte de débordements.

Quand on commence à réveiller des élus favorables au texte, chez eux de bon matin, on n'est pas loin du dérapage. Idem hier soir quand Manuel Valls est pris à partie avec son épouse. Quand on pourchasse toute une journée durant une journaliste, Caroline Fourest, comme cela a été le cas ce week-end à Nantes, en l'empêchant de se déplacer juste parce qu'elle est pour le mariage gay, là, une ligne est franchie. Hormis Jean-François Copé, qui l'a fait du bout des lèvres -il faut tout de même le saluer- on n'a pas entendu les leaders de l'UMP, condamner ces actions. Comme si la droite espérait sans le dire se refaire une santé avec cette affaire. Là encore, ce n'est pas gagné. Ce qu'on voit aujourd'hui dans la rue, c'est le retour d'une droite catholique très conservatrice dans ses valeurs, et très moderne dans sa façon de manifester et de communiquer. Une sorte (et je mets des guillemets) de « Tea Party » à la française même si Frigide Barjot n'est pas tout à fait Sarah Palin.

Pour l'instant, c'est contre le mariage pour tous qu'elle manifeste mais d'autres sujets pourraient servir de détonateur : la baisse des allocations familiales, ou même les impôts...

Aux Etats-Unis, les Tea Party avaient contribué à droitiser le parti républicain, mais très vite, ils l'avaient coupé des électeurs les plus modérés et au final, privé de la Maison-Blanche. C'est l'un des dangers qui guettent la droite aujourd'hui.

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