L’émission d’hier était présentée comme celle de la dernière chance pour François Hollande

En réalité, à 7 mois du terme qu’il s’est fixé lui-même pour annoncer sa candidature ou pas, il y aura d’autres émissions de la dernière chance, d’autres « semaines décisives » ou de « tous les dangers »… Ces derniers temps un léger fumet de fin de règne envahissait le débat public, François Hollande tentait hier de vaporiser autre chose, un autre parfum. Et dès le début, en affirmant qu’il voulait continuer à « moderniser et protéger », on comprenait qu’en ces temps où chacun y va de ses solutions radicales ou à l’emporte-pièce, François Hollande avait décidé de poursuivre son discours mesuré et équilibré, quitte à paraître encore timoré et peu tranchant. En l’entendant affirmer vouloir concilier modernisation et protection, deux exigences qui, intuitivement, apparaissent antinomiques, on comprenait que le président serait dans un discours de la complexité, le détail. Ça peut paraître vertueux pour ceux qui lui accordent encore un peu de crédit mais risque d’être inaccessible à tous les déçus. Et devant les 4 intervenants critiques, qui lui exprimaient leurs difficultés, François Hollande avait des réponses concrètes, documentées, étayées. Mais aucune ne semblait pouvoir atteindre ses interlocuteurs. Il voulait démontrer, à toute force, que son gouvernement agit, prend des mesures adéquates, que le questionneur avait finalement tort de penser ce qu’il pense. Sauf que les 4 intervenants exprimaient surtout un sentiment, un ressenti.

Le dialogue entre un ressenti et des mesures concrètes est très compliqué…

Oui, c’est exactement l’expression du fameux décalage entre les politiques et les citoyens. Il est très compliqué dans une émission comme celle-là de combler ce décalage sans verser dans le populisme quand on mène, finalement, une politique qui ne correspond pas aux attentes que l’on a suscitées. L’étudiant estimait que les inégalités s’accroissent dans l’éducation, François Hollande lui répondait qu’il y a plus de profs qu’avant et que les REP, (réseaux d’éducation prioritaires), plus efficaces, avaient remplacé les ZEP. La mère du djihadiste voyait opposé à son désarroi bien compréhensible un chiffre de prêcheurs extrémistes expulsés du territoire. Le conducteur de bus, électeur du FN, se sent injustement traité par rapport aux migrants qui toucheraient 11 euros par jour. François Hollande lui répond que ces 11 euros ne concernent que les demandeurs d’asile, donc, finalement très peu de monde. Ces séquences avec les 4 Français montraient bien toute l’incompréhension qui oppose le président et les Français, entre l’action politique hollandaise, faite de mesures concrètes, forcément technocratiques et la réalité ressentie par la population. En politique c’est le ressenti qui compte. Ressenti qui est le fruit, un peu des mesures prises et beaucoup d’une ambiance générale du pays. Et cette ambiance générale est mauvaise. François Hollande a été techniquement efficace pour montrer que chaque situation était prise en compte, mais pourtant l’ensemble de son action, pour l’instant du moins, ne constitue pas une politique propre à changer l’atmosphère. Il manque toujours le grand récit qui permet de relier toutes les mesures (dont aucune n’est assez importante ou emblématique) pour ré-enchanter le rêve français, (pour reprendre le slogan de 2012). Si François Hollande voulait dire qu’il était encore là, c’est réussi. Mais ça ne justifie pas encore qu’il puisse se représenter en 2017…

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