Débat en réalité sans objet parce qu’Assange est en prison en Angleterre. Il n’est donc pas – dans l’état actuel des choses – susceptible de demander un asile politique France. Mais ce débat est quand même mené parce que, même théorique, il permet de questionner la nature de la démocratie que l’on veut.

L’épopée Assange est double. Une 1ère phase, celle du hacker au service de lanceurs d’alerte, a permis de réaliser la plus grande vague de révélations de l’histoire journalistique. La fuite géante dont il est à l’origine a permis à la presse internationale organisée de traiter, avec les critères journalistiques de vérification, une impressionnante somme de faits cachés. Découvrir le détail du système américain de surveillance de ses adversaires et de ses alliés, révéler les dérives et crimes de Washington, en violation des conventions internationales, voilà une avancée majeure dans le combat pour la transparence. Le journalisme (contre-pouvoir non institutionnel) ne peut qu’applaudir à cet aspect de la vie d’Assange et doit réclamer qu’il ne soit pas extradé vers les Etats-Unis. Même si, par un biais juridique, la justice américaine a pris soin de ne pas inculper Assange pour ces révélations mais pour le piratage informatique. Julian Assange proclame qu’il a effectué un travail journalistique... Pour le coup, c’est faux. Assange est une source, pas un journaliste. Il ne suffit pas de sortir des informations pour être journaliste. Il faut les authentifier, les contextualiser, les trier. Et même, pour certaines, ne pas les sortir. L’information est un produit brut, à raffiner pour être livré de façon responsable. 

Défendre Assange c’est quand même défendre la liberté de la presse ? 

Aujourd’hui, défendre non pas l’homme mais le principe de sa protection, c’est défendre l’idée d’une société démocratique organisée et équilibrée avec des pouvoirs et des contre-pouvoirs ! Voilà qui justifie la demande que Paris pèse pour qu’il ne soit pas extradé... même si ce ne peut être que de l’incantation puisque l’extradition ou non sera le fait d’une décision de justice britannique. 

Un autre versant de son action pose cependant problème. Il a, dans un deuxième temps, participé à des attaques ciblées au service, non pas de la vérité, mais de la Russie. Il a utilisé l’aura de ses précédents faits d’armes pour servir la propagande d’un Etat. Cette partie sombre de la vie d’Assange ne doit cependant pas effacer le reste. Mais on ne peut plus faire de l’Australien l’ange blanc de l’information. Le problème, c’est que les voix les plus fortes, en France, qui plaident pour que Paris s’implique, sont les habituels poutinophiles qui prospèrent aux extrêmes. Ils ne trient pas entre les deux Assange et, au contraire, jouent à faire croire que les démocraties occidentales sont pires que le régime autoritaire russe, auquel Julian Assange a rendu de bons services. Tout un discours anti-démocratie-libérale se développe, paradoxalement, avec les arguments de l’Etat de droit, et fait la part belle aux régimes ‘illibéraux’. Dommage qu’il n’y ait pas plus de voix journalistiques pour défendre non pas Assange lui-même, mais le principe de sa protection et de sa non extradition vers les Etats-Unis.

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