L’édito politique du jour, avec vous Yael Goosz. Le confinement toujours approuvé, et même "facile à vivre" pour 54% des Français selon Harris Interactive. Mais si, sur la durée, le Covid-19 anesthésiait nos libertés…

Depuis le 23 mars, nous vivons sous état d’urgence sanitaire, c'est utile de le rappeler car cette contrainte est désormais tellement intériorisée, qu’on oublierait presque de la questionner. Le débat se focalise aujourd'hui sur un projet d’application numérique bluetooth pour tracer les malades ? Débat à venir au Parlement, mais a priori sans vote, l’Assemblée et le Sénat contraints eux aussi au service minimum au temps du coronavirus. 

Mais l’essentiel, au-delà des smartphones, c’est d’abord, que nous sommes assignés à domicile, oui, comme l’écrit le constitutionnaliste Jean-Philippe Derosier, assignés 23h sur 24... 

Parce que toutes ces restrictions sont censées être proportionnées et temporaires, nous nous en accommodons. Obéissance civile. Pour franchir la clôture de votre jardin, il vous faut une attestation ; pour prendre le train (mais il n’y en a plus ou presque) vous passez un contrôle policier…  Et les frontières Schengen ? Fermées sine die. 

Et là, vous me répondrez, Nicolas, qu'il en va de la protection de l’hôpital, des soignants et des soignés. Question de vie ou de mort. Face à l’inconnu du virus, nous en sommes arrivés, à force d’intégrer les messages sanitaires, à nous considérer, chacun d’entre nous, comme une menace ambulante pour les autres. Et quand le Président nous dit "le 11 mai, vous sortez", on s'inquiète et on se demande si ce n’est pas trop tôt. 

Libertés confinées, libertés "grignotées" comme le dit Christiane Taubira. Aux Etats-Unis, tousser ou cracher volontairement sur la voie publique en temps de Covid peut juridiquement être assimilé à un acte terroriste. Plus près de chez nous, à Montgeron, dans l’Essonne, la maire Sylvie Carillon invite ses administrés à dénoncer les confinés trop laxistes. A Béziers, on retire les bancs publics, le maire de Sète a tenté de fermer les accès à sa ville…

Et Yael, comment le Président de la République se positionne-t-il dans ce débat sur la préservation des libertés en temps de crise ? 

Des cailloux ont été semés lundi soir : Macron le libéral résiste à cette tentation autoritaire. Alors que la courbe des sondages aurait pu l’amener sur une pente plus martiale. Même l’ancien directeur général de la santé William Dab en appelle aux militaires pour gérer la crise, c’est dire ! 

Macron a donné des gages lundi soir, quand il demande aux élus de ne pas « ajouter d’interdits » : « n’ayons pas peur des joggeurs » a renchéri Christophe Castaner, une pierre dans le jardin de la maire de Paris. Ou quand Emmanuel Macron demande aux hôpitaux et aux Ehpad d’organiser des visites physiques aux malades en fin de vie. Sur ce sujet, une dizaine de plaintes sont déjà arrivées sur le bureau du Défenseur des droits. 

Mais la question des libertés va se poser à nouveau sur les personnes dites "vulnérables", à qui le Président souhaite imposer un confinement plus long. Sur quels critères ? Injonction ou simple recommandation ? En petit comité, Emmanuel Macron évoque les plus de 70 ans. Mais est-ce compatible avec la loi de 2008 sur les discriminations ? Des débats qui font perdre du temps dans la guerre contre le virus ? Je ne crois pas. Pour les « jours heureux », on sera tous bien contents d’avoir préserver l’essentiel.

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