Cap des 100.000 morts… quelles leçons politiques tirer ? C’est une étape symbolique que l’on redoutait… Bien sûr, le drame humain que représente la 100 000ème victime n’est ni plus ni moins terrible que celui de 999 999ème ! Mais c’est une occasion de prendre la mesure de ce qui nous arrive.

Et c'est l'occasion –par exemple- de se pencher sur l’attitude de chaque force politique. Comment cette crise, qui a rebattu bien des cartes sanitaires, sociales et économiques, a transformé les partis ? Le constat est un peu désespérant.

Au début de la pandémie, les politiques multipliaient les déclarations d’humilité constructive sur les enseignements à tirer pour le fameux monde d’après. Cette pandémie était une invitation salutaire à se remettre en question : Toute crise est aussi une opportunité, selon la formule consacrée.  

Et puis ?

Et puis… tu parles d’une remise en question ! 

Chaque force politique a préféré s’adonner à un exercice d’auto-confirmation. Le RN y voit de quoi justifier le retour des frontières. Le repli salvateur agit comme un message implicite, selon lequel on est mieux chez soi, entre soi. 

La droite libérale y voit la confirmation que la bureaucratie encalmine l’action publique et qu’un Etat fort, recentré sur le régalien, combiné à une économie de marché qui a le gout du risque (les anglo-saxons) seul peut produire les vaccins pour le monde !

Les socialistes, eux, prennent la fin de l’orthodoxie budgétaire comme une victoire idéologique. Keynes revient à la mode ! Quand le capitalisme à des problèmes il lui faut des remèdes socialistes !

Les écologistes estiment que leur dénonciation d’un monde productiviste à l’aveugle, qui provoque des dérèglements en tous genres, est tragiquement validée !

La mondialisation est dénoncée, pour des raisons différentes par les souverainistes et les écologistes, alors que les libéraux constatent que c’est grâce à la libre circulation des biens que les masques, les tests et les vaccins nous sont livrés. Tout juste concèdent-ils qu’il faudrait relocaliser quelques productions. Question de souveraineté sanitaire. 

LFI peut conforter son idée planificatrice, son souverainisme social, son anticapitalisme et voit dans la crise le révélateur des inégalités qu’elle dénonce depuis toujours. 

Et le macronisme ?

Comme il était à la fois libéral et étatique, horizontal et vertical, il n’a pas le temps (les mains dans le cambouis) de réfléchir à amender une doctrine qu’il n’avait pas encore vraiment défini. 

Lui qui se piquait de modernité n’a pas eu l’audace de croire aux innovations de l’ARN pour le vaccin. Il se disait pragmatique (ce qui ne veut pas dire grand-chose sinon efficace dans l’instant). 

Au total, toutes les forces politiques auront tâtonnés pour ce qui est de leur préconisation de l’action à mener. Elles se seront toutes contredites dans une forme de discours péremptoire éphémère. 

Mais ce qui est frappant c’est le ton de certitude obligatoire alors que cette crise n’est qu’un océan d’incertitude. Avouer un doute, envisager de ne pas tout savoir, reste malheureusement en politique, surtout dans le cadre d’institutions faites pour l’affrontement, une manifestation de faiblesse.

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