A lire la presse ce matin, on a l’impression qu’un mouvement lycéen ou étudiant d’ampleur se prépare, et l’exemple grec inquiète l’Elysée. Les « remontés » de terrain (comme disent les politiques) venues des élus locaux, des préfets ou des inspecteurs d’académies indiquent qu’il y a un risque d’extension des petits mouvements qui naissent ici et là, notamment dans l’ouest de la France. Les vacances de Noël approchent et c’est donc en janvier qu’il faudra que le gouvernement et le Président retournent sur le terrain social et sociétal pour tenter d’éteindre le feu sous la cendre. Le malaise dépasse le seul cadre des réformes dans l’éducation. Il faut dire que le Président a un sérieux problème politique avec la jeune génération qui ne se sent plus représentée au sommet de l’Etat. La proportion des personnes âgées dans l’électorat s’accroît sans cesse. Les plus de 65 ans ont d’ailleurs représenté le cœur de l’électorat de Nicolas Sarkozy en mai 2007. Du coup, les préoccupations de sécurité, les discours plutôt conservateurs en matière d’éducation ou de politique pénale sont privilégiés à droite comme à gauche. Logiquement, les jeunes générations se sentent moins concernées par la parole d’une classe politique qui donne, en plus, l’impression d’avoir peur de sa jeunesse. Les rapports qui évoquent l’abaissement de la majorité pénale, les propositions de dépistage des comportements violents en maternelle (même rapidement mis de côté par le gouvernement) renforcent de façon irrationnelle ce sentiment de fracture entre les générations. Il y a aussi des raisons plus directement sociales, avec la précarité étudiante ou le retour du spectre du chômage. Ces raisons semblent déjà suffisantes pour pronostiquer une révolte de la jeunesse mais il y a des facteurs supplémentaires qui tiennent plus à la nature de ce que pourrait être un mouvement étudiant ou lycéen aujourd’hui. La tendance politique diffuse de fond des petits noyaux de militants qui s’activent, est plutôt une forme d’anarchisme, qui se défie des organisations syndicales ou politiques. Les squats, les mouvements d’aides aux sans papiers, les ultra-écolos fabriquent des formes de contestations qui ne se traduisent pas par des revendications précises. C’est donc compliqué à appréhender pour un gouvernement qui ne peut savoir, ni sur quoi, ni avec qui négocier. Les gouvernements ont aussi peur du caractère imprévisible des révoltes de la jeunesse, et particulièrement en France où la révolte de la rue fait presque partie d’un romantisme politique ancrée dans notre histoire. Il n’y a pas si longtemps, l’un de nos billets de banque représentait le fameux tableau de Delacroix : à côté de la Liberté dépoitraillée guidant le peuple sur les barricades, un gamin de Paris, l’arme au poing. La jeunesse ne connaît pas forcément Gavroche, Hugo, les images de 1830, 1848, les récits de la commune ou même de 68 mais cette mythologie, devenue l’une des composantes du caractère français, est toujours dans l’esprit des gouvernements. La révolte, particulièrement celle des jeunes, peut être populaire en France et à l’heure où, pour la première fois depuis la guerre, une génération de parents se dit que la vie de leurs enfants sera sans doute plus dure que la leur, le risque politique d’un mouvement de la jeunesse compris par une majorité de la population est démultiplié. C’est la Une de plusieurs quotidiens ce matin. Mais si l’on en parle beaucoup en ce moment, c’est que la droite aime toujours se faire peur en fantasmant sur « l’insurrection qui vient ». La gauche en morceau rêve de façon un peu trop voyante d’un nouveau décembre 86, d’un nouveau CPE. Les commentateurs politiques annoncent tous les ans des rentrées mouvementées et des printemps chauds mais en fait, ils ne peuvent être les Joël Collado ou Jacques Kessler du climat social qu’à leur insu, comme le fut Pierre Viansson–Ponté, qui avait prévu, à sa façon, mai 68 en écrivant « La France s’ennuie », 3 mois avant dans "Le Monde."

L'équipe

Suivre l'émission
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.