Oui Nicolas Sarkozy, tirant les enseignements de l’échec de sa stratégie du "tous azimut" a passablement disparu des écrans. Lors de « l’épisode neigeux » de la semaine dernière (vous avez remarqué, on dit « épisode neigeux » pour dire pagaille généralisée)… donc la semaine dernière, le Président ne s’est pas exprimé sur le sujet ni pendant la polémique autour de la condamnation des sept policiers par le tribunal de Bobigny. Désormais, il semble prendre de la distance, ça ne ressemble pas encore à de la hauteur mais c’est un début ! Les même situations se seraient présentées il y a 3 mois, l’Elysée aurait convoqué tous les ministres concernés juste après l’épisode pagaillo-neigeux pour remonter les bretelles de tous les responsables. Le patron de Météo-France aurait été muté aux prévisions climatiques de la base de Kourou. Mais le naturel risque de revenir au galop puisqu’il parait qu’en plus de la réunion d’hier à Matignon, l’Elysée envisage d’en convoquer une à son tour. Revenons à Brice Hortefeux. Puisque le Président se fait plus rare, c’est sur lui, le ministre de l’intérieur, que se cristallise toute les critiques. Parce que même si François Fillon est plus présent, il l’a montré, notamment en recadrant Brice Hortefeux sur l’affaire des policiers à Bobigny, c’est toujours la méthode Sarkozy qui prévaut en matière de sécurité et Brice Hortefeux, meilleur ami du Président, applique cette méthode avec zèle. Les résultats et les critiques sont les même mais c’est lui qui les reçoit… Notamment sur la politique du chiffre en matière d’immigration et de sécurité...Oui et là ça ne se présente pas bien puisque cette année, on est en retard sur les expulsions. 28.000 reconduites à la frontière, c’était le glorieux record d’Eric Besson l’année dernière... Figurez-vous (drame !), nous sommes mi décembre et on en est qu’à 25.511 depuis le début de l’année. L’objectif chiffré ne sera sans doute pas atteint. Et il ne sera pas atteint parce que nombre de dossiers juridiques d’expulsion sont mal ficelés, mal établis, souvent à la hâte et donc récusés par la justice. Et c’est là que l’on touche du doigt l’absurdité de la politique du chiffre. Il faut absolument faire mieux que l’année dernière pour prouver qu’on est efficace, donc on fait vite, donc on fait mal, donc les dossiers sont retoqués (rappelons quand même qu’il s’agit de 25 à 28.000 expulsions sur entre 200.000 et 400.000 clandestins). La différence dérisoire, bien qu’il s’agisse de 3000 personnes donc de 3000 vies, est du domaine de l’affichage. La politique du chiffre est l’une des dernières spécificités de la façon de gouverner de Nicolas Sarkozy qui soit encore en vigueur. Elle impose une pression constante sur la police et c’est le ministre de l’intérieur qui la porte. Le ministre de l’intérieur, en France, a une fonction symbolique de représentation de l’autorité de l’Etat. Parmi les grands « premiers flics » qui ont marqué ces dernières années il y eu bien sûr Nicolas Sarkozy. Il avait imposé un style volontariste et activiste, proche des policiers. Il y eu Charles Pasqua avec son fameux « il faut terroriser les terroristes » dans un style parrain bravache, un peu comme Gaston Defferre. Jean-Pierre Chevènement en républicain paternaliste fustigeant les « sauvageons », le bon ministre un peu trop tranquille Daniel Vaillant et le plus respecté de tous Pierre Joxe, la rectitude incarnée. Brice Hortefeux encore très « voix de son maitre » n’a pas toujours su s’émanciper. Il n’a pas encore son style et subit donc les contrecoups d’une politique du chiffre et de l’affichage dont l’absurdité commence à apparaître au grand jour.

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