Aujourd’hui François Hollande prononce ,​ au musée de l’immigration à Paris, son premier discours sur le sujet depuis qu’il est en fonction.

Et le moins que l’on puisse dire c’est que l’on ne connaît pas vraiment sa doctrine sur la question. Est-il dans cette crainte qui tétanise tant de politiques ? Crainte de se faire accuser d’angélisme, de naïveté par une opinion qui ne serait réceptive qu’au discours décrivant une invasion, un délitement identitaire à cause d’une immigration incontrôlée et massive ? François Hollande osera-t-il dire ce qu’un centriste (Bernard Stasi) écrivait en 1984 ‘l’immigration, une chance pour la France’ ? Les ratés évidents des mécanismes de l’intégration condamnent ce genre d’affirmations dans la sphère politique alors que bien des démographes ou des​ géographes continuent de le penser. Les chiffres de l’immigration démentent les délires des théoriciens du ‘grand remplacement’ selon lesquels la France blanche, catholique et traditionnelle serait en passe de se faire submerger. Faire ce constat c’est être taxé de ‘bobos déconnectés’ ou de "​petits soldats de la bien pensance". Pourtant, en 1982, la part des étrangers en France était d’un peu plus de 6% de la population… Le chiffre est le même en 2013. Selon les démographes de l’INED.

L’INSEE confirme cette quasi stabilité.

Oui, la part des immigrés en France était de 7,4 en 1982, elle est de 8,7 en 2011. Selon FRONTEX, ​l’organisme européen (qui est donc certainement composé, comme ceux de l’INSEE et de l’INED,​ de bobos déconnectés), le nombre d’étrangers en séjour illégal en France était de 412.000 en 2009 et de 330.000 en 2013. En fait, plus les méthodes de comptage des illégaux s’affinent, plus le chiffre baisse ! On est loin d’une invasion. Mais les chiffres ne disent pas forcément ce que ressent la population. Et ce que ressent la population n’est pas simplement le fait de discours anxiogènes​ mais d’abord de réalité de terrain ! Bien des Français, dans des lieux précis, se sentent en insécurité culturelle, dépossédés, étrangers dans leur propre pays. C’est plus un effet de mauvaise politique urbaine et​ de ghettoïsation que d’une quelconque invasion. Un discours du président, pour nous rappeler les apports de l’immigration et réaffirmer les valeurs humanistes de la France, ​et pour promettre de mieux contrôler les flux migratoires et d’être intraitable sur le communautarisme, serait convenu et vain. La ghettoïsation qui rend l’école, (premier creuset de l’intégration) inefficace,​ et la crise qui raréfie le travail (deuxième facteur d’intégration) n’ont plus besoin de mots. En fait, la politique (voulue ou subie) de regroupement de populations étrangères désœuvrées crée des zones de non-droit, de trafic et de violence. Il y a beaucoup de villes ou de ​quartiers, en revanche, ou un mélange harmonieux d’immigrés et de Français de souche, permet une intégration silencieuse mais réelle. Le vrai discours sur les problèmes liés à l’immigration ne devrait donc pas être prononcé au Musée de l’immigration, mais au Musée de l’urbanisme ou d’aménagement du territoire.

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