Les émissions politiques se suivent et se ressemblent à la télé. Ce soir sur France 2, « A vous de juger ». Comme sur TF1 dans « J'ai une question à vous poser », ce sont les citoyens lambdas qui jouent aux interviewers. Imaginez la France en miniature. Des hommes, des femmes, des jeunes, des vieux, des ouvriers, des cadres, des mères de famille, des homos, des ruraux, des banlieusards… Des tendances gauche, des tendance droite, des tendances "rien" surtout car les militants sont par définition exclus, pas assez représentatifs du désamour ambiant de la politique parait-il. Une France souvent binaire donc, mais une France en vrai nous dit-on. Rigoureusement vraie, triée sur le volet par des experts du panel, à savoir les sondagistes de nos instituts de sondages. Et voilà donc nos candidats confrontés à cette France réelle, celle qui vit la vraie vie, qui pose les vraies questions. Exit les journalistes. Plus de filtre, le peuple est enfin souverain. On comprend bien la démarche des chaines de télé. Tous les medias sont encore dans le syndrome du 21 avril. Souvenez-vous il y a 5 ans, au soir du premier tour, nous nous sommes tous dit : "mais qui avons nous oublié pour n'avoir rien vu venir ? Qui n'a-t-on pas écouté pour n'avoir rien entendu du message de souffrance, ou de colère envoyé par les français ? Nous avons tous juré qu'on ne nous y reprendrait plus. En 2007 promis, nous rendrons compte de la vie réelle, de la France réelle, des problèmes réels. Les télés ont imaginé cette solution : le panel face au candidat. Formidable ! Et pourtant.... Passons rapidement sur l'effacement du journaliste, on me soupçonnerait de bête esprit corporatiste quand la profession est décrédibilisée et soupçonnée de connivence. Mais enfin, un journaliste est censé connaître ses sujets, on attend de lui qu'il questionne, qu'il coupe, qu'il relance son interlocuteur, éventuellement qu'il rectifie ses propos. Par exemple, en entendant Jean-Marie le Pen gloser sur "ces familles kurdes qui arrivent à poil avec 10 enfants", sans doute un journaliste aguerri eut pu l'interrompre plus facilement qu'un citoyen lambda qui, pour la première fois sous les feux de la rampe manque sans doute un peu de présence d'esprit. Mais plus ennuyeux encore, ces émissions réduisent en réalité le dialogue politique, à une transaction consommateur/vendeur. Le retraité va s'inquiéter de sa petite pension, l'homosexuel s'interroger sur l'homoparentalité, le beur dénoncer les discriminations, et l'employé réclamer du pouvoir d'achat. Questions catégorielles, réponses catégorielles. Le panel a un effet de communautarisation de l'électorat, chacun dans sa case. Mais si la politique était autre chose que cela ? Et si la France était plus grande que cette addition de téléspectateurs-citoyens réduits chacun à une unique caractéristique ? Et si une campagne présidentielle était l'occasion de développer un projet collectif où certes les intérêts de chacun seraient pris en compte, mais où ils ne seraient pas l'essentiel ? Dans son désir de se dédouaner d'être élitiste, la télé décidément vire parfois un peu rapidement au populisme.

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