Ce matin, Thomas, vous évoquez le grand retour de la sécurité dans le débat des régionales et son rapport avec l’âge des électeurs. Oui, pourtant la sécurité est répertoriée - dans toutes les enquêtes d’opinion - comme une préoccupation devenue secondaire pour nos concitoyens, loin derrière les préoccupations sociales au sens large. Ce recul dans la hiérarchie des préoccupations ne s’explique pas par une baisse de l’insécurité mais plutôt, de façon relative, par l’effet de la crise économique qui, depuis 2008, a renforcé les angoisses liées à l’emploi et au pouvoir d’achat. Le thème de la sécurité devrait, en toute logique, céder le pas, dans le débat public et médiatique, aux thèmes sociaux. C’était d’ailleurs largement le cas ces derniers temps… Mais les projets du gouvernement (la loi dite LOPPSI 2), qui visent à durcir plusieurs législations sécuritaires, ont provoqué les inévitables polémiques. C’est presque mécanique. Les élections approchent, on a décrit maintes fois ce processus digne d’un jeu de rôle. Si l’on veut être gentil avec la majorité, on dira que le recul du sentiment d’insécurité est aussi à mettre au crédit d’un gouvernement et d’un président qui donnent le sentiment de prendre cette question à bras le corps. Si l’on veut être plus critique, on soulignera l’instrumentalisation politicienne. La proximité des élections donne, il faut dire, du crédit à la deuxième interprétation. Et le rapport avec l’âge des électeurs ? J’y viens. Vous savez que le problème pour toute majorité, lors d’élections intermédiaires, ce n’est pas tant de convaincre de nouveaux électeurs que de mobiliser ses propres électeurs. Tout est dans le taux de participation et dans la structure de cette participation. Or, depuis plusieurs élections, on remarque que les écarts entre la gauche et la droite s’estompent suivant les classes sociales, pour parler en marxiste, ou suivant les catégories socioprofessionnelles, pour parler en sondeur. En revanche, on remarque un clivage politique grandissant entre les tranches d’âge. Il ne s’agit pas de redécouvrir le vieux principe qui veut que plus on vieillit, plus on est conservateur. Non, là il s’agit, pour la majorité, de mobiliser une classe d’âge identifiée, une classe d’âge massive qui a permis l’élection de Nicolas Sarkozy. Pour prendre large, les 55-70 ans. Les baby-boomers. Ils sont en retraite ou ils y arrivent. Ce n’est pas une question d’âge mais bien de génération. Cette génération bénie des dieux est une génération gâtée, qui a vécu avec un fort sentiment de sécurité. « Sécurité » au sens très large. Cette génération n’a pas connu de guerre sur son territoire, n’a eu peur du chômage qu’à la fin de sa vie active, a vécu la libération sexuelle sans le sida mais avec le contrôle des naissances, a pu emprunter en période de croissance et d’inflation. C’était avant les grandes peurs sanitaires ou écologiques… les grandes politiques de précaution angoissantes. Dans bien des domaines, sociaux notamment, cette génération se sentait en relative sécurité. Elle, au moins, aura une bonne retraite. Dans d’autres domaines, elle était moins en sécurité qu’aujourd’hui, mais elle ne le ressentait pas comme ça ! C’était, par exemple, beaucoup plus dangereux de faire Paris-Marseille dans une 4L enfumée et sans ceinture de sécurité sur une nationale à 3 voies que de nos jours. On mourrait 3 fois plus au volant ! Mais le principal était sauvé : on vivait mieux que ses parents et on savait (ou on croyait) que ses enfants vivraient mieux encore. Bref, la génération sécurisée voit aujourd’hui naître un monde peu sûr pour ses vieux jours et pour ses descendants. Cette génération qui a vécu et prospéré dans les confortables années 60-70-80 est sensible au discours sécuritaire. Ne pouvant pas la rassurer sur l’avenir social de ses enfants, c’est à d’autres réflexes de sécurité, plus facile à actionner, que s’adressent aujourd’hui les promoteurs du couvre-feu pour les mineurs et des caméras de surveillance.

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